La lettre à Lulu
Lulu 45 juin 2004

Nantes pride Jules en Verne et contre tout



Jules commence à nous courir sur le haricot. On l’a fait naître à Nantes, soigneusement, en espérant beaucoup des retombées de ses premiers vagissements pour asseoir le prestige de la Ville. Mais voilà, cet ingrat a fui, retraité à Amiens où il clabote en 1905. Avec un mépris pour la postérité qui l’a fait torcher ce sonnet en hommage à sa cité natale :

<I>“Un quartier neuf et présentable.
<BR>Entre bon nombre de hideux.
<BR>Des sots bâtissant sur le sable
<BR>En affaire peu scrupuleux ;
<BR>De science, un peuple incapable
<BR>A son endroit toujours crasseux
<BR>Quelques milliers de cerveaux creux
<BR>D’une bétise indécrottable
<BR>De riz, de sucre un peuple marchand
<BR>Sachant bien compter son argent
<BR>Qui le jour, la nuit le tourmente ;
<BR>Le sexe en général fort laid
<BR>Un clergé nul, un sot préfet
<BR>Pas de fontaines : c’est à Nantes”*</I>

Un vrai réquisitoire : une ville mochedingue, des Nantais pingres conjuguant bétise crasse et sens de l’embrouille, à peine rachetés par la nullité des curés et du préfet. L’écrivain dit d’anticipation a donc utilisé son dégoût pour Nantes pour embêter par anticipation, la belle entreprise de communication de sa Ville. Cette prodigieuse obstination à contre-carrer la propagande actuelle de Nantes a ainsi vu l’un des plus éminents spécialistes et collectionneur vernien, Piero Gondolo della Riva, vendre à Amiens et non à Nantes sa collection de 30 000 pièces, amassée pendant 40 ans : des livres dans toutes les langues, jeux de l’oie et de cartes, jouets, chromos, assiettes, puzzles… Autant de gadgets du passé qu’on aura pas à entasser dans le petit musée Jules Verne nantais.

<I>* Déjà cité par Lulu n°18-19 en 1998, mais un tel travail de sape de la com, on ne s‘en lasse pas.</I>

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