La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Nantes, ses twin stadiums

Kita faire des cadeaux


Et un, et deux et trois stades ! Et pourquoi pas quatre ? 


Nantes, ses twin stadiums
Yellopark ? On oublie. Quand les frites sentent le roussi sur le parking, il est temps de repêcher le bizness footballoïde. Disparus tour Bretagne bis, logements tout court, bureaux : le projet Yellopark a fait pschitt. Et pour toujours, affirme main sur le cœur la bourgmestre si magnanime.

L’option congrue

Ne reste qu’un futur stade privé, joujou du riche, le grotesque en sus puisque La Beaujoire reste en place. Toujours droite dans ses escarpins à crampons, Mme Farinella Rolland assène donc un nouveau : « J’ai décidé... » opérant un quasi demi-tour complet. Exit du tapis rouge des affaires, le bétonneur Yoann Joubert aura tout de même gagné une belle pub. Ne reste plus au centre du terrain qu’une poignée d’associés-requins prêts à croquer à pleines dents dans l’aubaine, et Waldemar Kita, présidant le FCN, toujours un peu évasif fiscalement depuis qu’il a été petit joueur dans l’équipe des Panama papers. Nantes fera partie du petit cercle des villes comptant officiellement deux stades, Saupin passant à la trappe du décompte. En fait, la liste paraît moins fournie que celle énoncée par la maire. à Lille, l’ancienne enceinte Grimonprez-Jooris a été démolie en 2011. Bordeaux et Lyon comptent bien deux stades mais les pelouses, désertées par le foot, ont été investies par le rugby local évoluant en élite, et non en 3e division comme le Snuc nantais. à Lyon, GL Events, actionnaire principal du Lou rugby, a signé en 2016 avec la collectivité un bail de soixante ans pour exploiter Gerland... et obtenu aussi un droit à construire six immeubles de bureaux sur le site, soit 28 000 m2 d’ici à 2021. Et GL Events s’engage à investir 60 millions dans l’équipement : ça coûte cher à l’entretien, ces machins.

Kita fait beaucoup mieux. Dans une agglo livrée à la spéculation immobilière, il obtient une vente foncière de gré à gré, dont le montant pourra se prévaloir de l’officiel doigt mouillé des Domaines, pour construire un nouveau stade et surtout « un complexe sport, santé, bien-être » à la rentabilité alléchante, 24 000 m2, l’équivalent de la surface de trois hypermarchés. Mais contrairement à Lyon, pas un radis à débourser pour participer à la rénovation de La Beaujoire, nécessaire pour le maintien aux normes nationales et internationales. Question à plusieurs millions : si la métropole s’enorgueillit de ne pas dilapider le moindre denier public (euro ou Sonantes) pour un nouveau stade, quel argent financera un tel chantier de modernisation ? Mais Nantes vaut bien Paris qui dispose de deux stades mitoyens, le Parc des Princes voué au PSG et Jean-Bouin, inauguré en 1916 où évoluent quatre clubs dont trois au plus haut niveau national.

Comparaison n’est pas raison

Kita a un avantage : pas de mise en concurrence. Même si le besoin d’un nouveau stade ne saute pas aux yeux. Où en est l’étude alternative, et sérieuse, analysant le scénario d’une rénovation ? Désormais, pour dire niet à la dilapidation de l’argent public, Mme Rolland prend pour contre-exemple Strasbourg et les 130 briques que coûterait la transformation de La Meinau. Pas très comparable : ouverte en 1906, reconstruite en 1984, La Meinau a le même âge que La Beaujoire mais 10 000 places de moins. Mme Rolland souligne qu’aucun investisseur ne s’est pointé pour casquer une telle modernisation !

Qu’est-ce qui empêche Nantes, prompte à lancer des appels à manifestation d’intérêt (AMI) sur tout et n’importe quoi, d’en commettre un de plus sur le sujet, ou de lancer un appel à projet (AAP) ? Quant à la forme juridique, la métropole dispose d’un choix large pour associer ensuite le ou les investisseurs à l’exploitation sonnante et trébuchante de La Beaujoire. Autant de pistes délibérément laissées de côté pour l’heure. Lulu s’associera à toute campagne exigeant un cinquième stade, tout de suite. Na !
Louis Fautenon

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