La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Olive, ô divine surprise

Poireau d’Hercule


La résistible ascension de Durand l’humble potageur des gastronomes argentés et des promoteurs à régenter la ville.


C’était notoire depuis des mois, l’embrouille est désormais officielle. Olivier Durand, maraîcher partout, le sera aussi dans le cadre du projet urbain Doulon-Gohards. Juge et partie, Olivier Durand avait préparé le terrain : associé au cabinet d’urbaniste Alphaville, il a rendu fin 2016 à Nantes métropole un rapport* précisant les usages des cinq fermes prévues dans ce projet d’urbanisme, dont la ferme de Saint-Médard qu’il se récupère. Le consultant bénéficie de ses propres prescriptions. Un an avant, on comptait une douzaine de candidats à ces fermes, tous « en reconversion professionnelle » paraît-il... (Ouest-France, 22/11/2017).

Mais le terrain, un hectare, est compliqué. M. Durand ne prend pas le risque de ternir sa belle réputation par un échec : avant le premier coup de binette, il a repoussé sa première production d’un an, première récolte en 2020.

En attendant, la légende du modeste légumier star, fiston de chef étoilé, se poursuit : « Avec l’un des plus petits potagers maraîchers de France, il prouve tous les jours que l’on peut produire humblement, humainement et avec passion, des produits de qualité » dit-on à l’Abbaye de Fontevraud où le légumateur a conçu sur commande un « potager nourricier d’exception ». Olivier Durand, maraîcher en vogue, « hyper exigeant mais pas élitiste » (Le Point, 29/06/ 2015), « trublion des légumes » (Ouest-France, 05/06/2017), aligne les commandes haut de gamme. Après le potager suspendu de la Cantine du voyage à Nantes, le plus select jardinet du resto L’Atlantide 1874 (dîner entre 50 et 100€ par tête sans le vin, ou juste un homard verveine girolles abricot à 68€) ou celui de Fontevraud (menu de 60 à 108€ toujours sans picrate), le trublion Olivier Durand ajoute en toute humilité un partenariat avec des promoteurs marchands de béton.
Gilles Raclement
* Gohards, terre de gogos hardis & La cantine à Tintouin, Lulu n° 100, avril 2018.

 

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