La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

On s’la joue superstarteupe

Numérique raque


Le startupisme en méthode globale ? Des mômes pris en otages par une secte numérique.


Pitch dans ta face. Les loupiots étaient jusqu’ici à l’écart de la modernité et du baratin sur les start-up qui sauvent le monde. Ça leur manquait, mais c’est désormais réparé. Officiellement, les ateliers « Pitch2Kids » sont là pour « faire le lien entre les enfants et les acteurs du changement » en collant les gniards de 7 à 12 ans devant des petits patrons qui leur déversent l’argument vente de leur camelote. Le 1er mai, au lieu de défiler pour défendre les droits des gens au boulot, quatorze gamins triés sur le volet par leurs parents ont été assis sur des coussins d’une agence de communication près de la place Louis XVI. Forcés d’écouter des zadultes leur déblatérer en cinq minutes chrono (On dit « pitcher » pour pas avoir l’air ringard) les bienfaits de leur société et de son business plan.

Jury du pitch

Résumé par l’inévitable twitterisation de l’« événement », ça donne texto : « 14 kids, représentants de la #Jeunesse, ont découvert la #Civictech & questionné l’avenir avec 4 entrepreneurs ». Balaise : ce pensum pour gosses, supposés représenter leur génération, serait donc un acte civique permettant d’interroger l’avenir, rien que ça. Et comme on prend pas ces galopins pour des cons, on les a transformés en évaluateurs, promus jury du meilleur pitch des vendeurs de camelote rebaptisés « porteurs de sens ». La réunion sert aussi de panel de consommateurs : l’an dernier, le papa du projet « Pistache » s’est dit ravi des suggestions des mouflets pour améliorer son appli mobile, bintz censé aider chaque morveux à partir de six ans à « ranger sa chambre, faire ses devoirs ou se brosser les dents » (si si, ça existe !). L’éducation familiale est donc déléguée au numérique et « si le travail est accompli avec succès, ils reçoivent des félicitations bien méritées ! » Un like et au lit ! L’an dernier, un baratineur a fait une « conférence inspirante » expliquant aux kids que l’entrepreneuriat, c’est ludique. La compétitivité, le profit, le cash flow ? Un jeu d’enfant.

Incubateur spirit

Selon un commentaire de l’année, cette séance de pitch pour mouflets, « ça donne un sens à la citoyenneté du quotidien ». L’esprit incubateur remplace les jeux de cubes, le tout sous la coupe d’Audencia, la business school d’élite locale, sponsorisé par un marchand de fringues, la boîte de com qui prête ses locaux très bobo et BNP Paribas, la « banque d’un monde qui change » et qui veut bien perdre quelques chaises quand des irrespectueux viennent les leur faucher pour dénoncer le recours majeur aux paradis fiscaux. Après les junior entreprises transformant les étudiants en petits patrons, les collèges macronisés du programme « Envie d’entreprendre, envie de créer »*, il manque toujours une appli mobile à l’usage des fœtus avec un hashtag #ROFEP, alias Recherche d’optimisation fiscale en écosystème placentaire.

Jaune Roquefaileur
*  Les potaches déjà macronisés, Lulu n°96, avril 2017.


Lu 14 fois