La lettre à Lulu
n°28/29-été

Opération porte ouverte. Auto, corbô, vélo


Tentative d’auto-repression et poussée de vélo-détermination aux Chantiers navals


Le boom des Chantiers de l’Atlantique a déclenché une avalanche de reportages dithyrambiques. Dans ce tableau merveilleux, tout n’est pas que beau. L’éviction de Bruno Mahé fait ainsi tâche. Entré comme apprenti en 1970, il avait gravi les échelons jusqu’à devenir contremaître. Viré comme un malpropre en septembre 1998 pour faute grave, il a obtenu réparation au tribunal des prud’hommes de St-Nazaire le 15 mai dernier. Son licenciement a été considéré “sans cause réelle et sérieuse”. Mais comme il a retrouvé du travail ailleurs, on n’a pas eu à le réintégrer. Les fautes sont pourtant graves de chez grave, puisqu’on reproche à ce dangereux délinquant du travail d’être rentré chez lui avec sa voiture de fonction plusieurs fois en août, et d’avoir carotté quelques minutes à la pointeuse ce même été. Ce qu’il ne nie pas.

Sans qu’il le sache, il va être rapproché de la porte par une dénonciation anonyme adressée à sa hiérarchie. Sympa. Puis le flicage. Pendant plusieurs semaines, le contremaître est épié par les vigiles maison. “Enquête de routine”, explique la direction aux prud’hommes. Au lieu d’un avertissement ou d’une mise à pied, sans doute plus appropriés vu les fautes relevées, c’est tout de suite la lourde. Les juges du travail ont trouvé la formule un peu lourde. Le grief de la voiture de fonction, qui ne peut suffire à virer un salarié, a été d’emblée écarté par les prud’hommes. Tricherie relevant plus du simple règlement intérieur, la gruge au pointage, aujourd’hui redénommée fraude au “badgeage”, n’est pas non plus retenue comme “cause réelle et sérieuse”. Au total, Alstom est condamné à verser au contremaître quelques 243 000 francs d’indemnités, dommages et intérêts.

La météo sociale cache ses nuages. Comme la mésaventure survenue à une monture du PDG Patrick Boissier. L’été dernier, une entreprise sous-traitante lui offre un beau vélo, histoire de parcourir le site comme un métallo de base. Le pédégé n’a pas eu le temps d’en profiter. Le vélo a aussitôt été illico dérobé par un commando, probablement un lobby pro-automobile non identifié. Les vigiles du chantier naval ont bien été mobilisés dare-dare pour retrouver la petite reine du boss, mais on n’a déniché que le cadre, déchiqueté, découpé à la cisaille, gisant sans autre forme de revendication dans une benne à ordure. Après une coupure, la lutte de classe retrouve un cycle vengeur.

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