La lettre à Lulu
Lulu 50 novembre 2005

Parcellisation. Nulle part tailleur



L’immobilier d’en-bas, vous savez ce qu’il vous dit ?

Parcellisation. Nulle part tailleur
Un jour de janvier 2000, une lettre. Un notaire écrit à une famille de 23 cousins et cousines qu’ils et elles sont propriétaires à Vertou d’un lopin de terrain qu’aucun ne soupçonnait. Le brave notaire se propose de les délivrer aussitôt de ces encombrants mètres carrés, en leur rachetant pour une bouchée de pain pour un acquéreur tout prêt au chaud. Une signature et chacun palpe 192 euros. Tous sont partants, sauf un, qui veut voir le fameux terrain et finalement décide de l’acheter au prix avancé par le notaire. Une aubaine, ce terrain avec vue imprenable sur la Sèvre dans une commune huppée. Le notaire, Antoine Dejoie, renvoie à un géomètre. Le prix du terrain se multiplie aussitôt par six. Agissant pour sa mère, David Mistour, l’héritier récalcitrant, s’obstine à vouloir le lopin, même à ce tarif. Bien ennuyeux, alors qu’un lotissement grand standing est prévu, incluant le terrain en question. Ce manant est regardé de haut par les braves protagonistes de l’affaire, le notaire, le géomètre, et la propriétaire des terrains voisins, contrariée par ce contretemps qui retarde sa belle opération immobilière. Faut dire que David Mistour n’est pas de la haute. Ouvrier, tailleur de pierre, il est regardé comme un ignare des choses d’argent, et un intrus dans ce joli montage immobilier. Il mandate un notaire, puis un autre, pour démêler l’écheveau. Ils se désistent tour à tour pour le renvoyer à Me Antoine Deioie qui partage son étude avec son frère et maire de la commune et aussi président national du Conseil supérieur du notariat. On ne se froisse pas avec du si beau linge, quatrième génération de notaires à Vertou.
Antoine Dejoie explique l’air de rien que l’obstination du tailleur de pierre risque de créer une modif du plan d’urbanisme, ce qui le priverait d’accès à son terrain. Ça serait donc La menace : que le terrain ne puisse donc être loti. Le risque : « aboutir à la perte de valeur pour votre parcelle ». En clair, laissez tomber, monsieur le prolo têtu. Et laissez ça à ceux qui savent. Méfiant, le tailleur de pierre fouine au cadastre, remue la paperasse aux relents napoléoniens. Et détecte un tour de passe-passe : la parcelle qu’on lui a désignée sur les plans a escamoté un autre morceau de 80 m2 à quelques dizaines de mètres de là, un bout de lopin isolé dont la seule existence peut faire capoter le lotissement. Contacté par Lulu, le notaire explique que la révision du cadastre local a été publiée en maire entre 1970 et 1972 et que faute de contestation à l’époque, le nouveau document fait foi. Mais il admet qu’un «terrain d’entente» pourrait être cherché. Les constructions de maisons n’ont pas attendu pour sortir de terre, prenant de vitesse l’éventuel démêlé des 80 m2 escamotés, pénible surface, petite mais stratégique. Le tailleur de pierre a lancé des recours via un avocat. Comme si un vulgaire ouvrier allait faire la leçon aux vrais investisseurs. Pour l’immobilier, faut des hommes de terrain.

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