La lettre à Lulu
Lulu 46 novembre 2004

Passages à l’acte. Un hôtel sous une mauvaise étoile


Le même notaire n’avait pas fait l’école hôtelière. Il avait juste une formation supérieure de ni vu ni connu j’t’embrouille.


On ne peut pas toujours dire du bien de ces hommes de confiance que sont les notaires. En 1992, Françoise Choplin achète la totalité des parts de l’Armoric hôtel, établissement une étoile de 40 chambres, près de la mairie de Nantes. Elle suit le conseil de Me Roger Bodiguel, rachète les parts sociales plutôt que le fonds de commerce, et loue donc les murs. Elle lui fait confiance. Elle n’aurait pas dû. Le notaire joue sur plusieurs tableaux, au centre des transactions diverses autour de cet hôtel. Bodiguel rédige les actes, tout en étant conseil de l’ensemble des parties. Enfin conseil, c’est vite dit. Il estampera même un des deux propriétaires, le beau-père de sa propre fille. La belle construction du notaire s’est écroulée comme un château de cartes biseautées.

Françoise Choplin a contracté un prêt pour acheter l’hôtel. Elle découvre 3 semaines après qu’elle a aussi racheté 150 000 F de dettes cachées du précédent exploitant. L’hôtel marche pourtant bien, rempli à 75 %, l’office de tourisme envoyant du monde. En 1994, elle veut faire un embellissement et redemande le classement une étoile. Là, elle découvre que l’hôtel n’est pas aux normes de sécurité, que des travaux importants sont à faire, surtout l’installation électrique. La même commission de sécurité avait déjà prescrit ces mesures deux ans avant l’arrivée de Françoise Choplin, mais personne ne l’a prévenue. Les propriétaires des murs, qu’elle a dû assigner en justice, refusent pourtant de faire ces travaux. Contre toute attente, la justice leur donne raison en première instance. La Ville de Nantes fait donc fermer l’établissement qui n’a pas pu se mettre en conformité. L’hôtelière est piégée, mise en liquidation judiciaire en octobre 1996. Évidemment, ne pouvant exercer son activité, elle ne peut rembourser son emprunt. Depuis, elle a plutôt eu gain de cause, mais trop tard. En 1998, les propriétaires sont condamnés, le jugement leur imputant tout le passif de la liquidation judiciaire de l’Armoric et le remboursement à Françoise Choplin de l’achat des parts sociales. Elle n’a jamais pu récupérer les sommes qu’on lui doit. Et on retrouve le notaire au centre de ces sommes gelées. Elle lui réclame 842 873 euros pour les divers préjudices subis, dont la tromperie sur l’état de l’hôtel, l’existence et le montant des remaniements de sécurité à effectuer impérativement. Ce que le notaire savait pertinemment puisqu’il avait établi les actes des deux ventes antérieures du même hôtel.

Devant la justice, le notaire de Vieillevigne reconnaît piteusement aujourd’hui que pressé par le beau-père de sa fille, il a “multiplié les erreurs”. En langage feutré de notaire, ça veut dire des manipes pas nettes. Des fautes professionnelles. Battez tambours, sonnez tromperies. Mais il ne faudrait pas étriller le notaire déchu. Qu’on lui laisse au moins de quoi se payer une chambre d’hôtel.


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