La lettre à Lulu
N°5/6 - été 1996

Pieds nickelés. L’arnaque de vivre



Chaude ambiance le 4 juin au conseil municipal de Champtoceaux, petite bourgade du vignoble, sise en bordure du Maine-et-Loire. Le maire, Alain Levoyer, a dû s’expliquer sur la façon dont il s’était fait rouler dans la farine par une bande d’aigrefins, qui ont extorqué près de 150 000 francs de fonds publics pour une opération de promotion bidon. Piégé, le député-maire - Alain Levoyer n’est autre que le suppléant d’Hervé de Charette à l’Assemblée - n’a pu que bredouiller quelques explications embarrassées pour justifier cette opération, pompeusement baptisée «Art de vivre».

A l’origine de l’affaire on retrouve trois personnages bien connus des archives à Lulu : Hervé Louboutin, rédacteur en chef adjoint de Presse-Océan, Joël Bonnemaison, «journaliste» à France 3 et Gilbert Prouteau, écrivain. Ces joyeux membres de «l’académie européenne pour la défense et l’illustration de l’art de vivre» ont décidé d’accorder en 1995 le grand prix de l’Art de Vivre à la commune de Champtoceaux, universellement connue comme chacun sait. Retombées médiatiques garanties sur la terre entière. De quoi justifier un petit effort de la commune pour pourvoir aux menus frais du jury. C’est donc sans sourciller que le maire a inscrit au budget une enveloppe de 70 000 francs pour acheter le prix et fait inscrire la même somme au fonds national d’aménagement du territoire. Total de l’ardoise : près de 150 000 francs, qui ont notamment servi à payer le restau au jury et à imprimer une plaquette en quadrichromie vantant l’art de vivre à Champtoceaux. Une plaquette «bourrée de fautes d’orthographe, de textes hors sujet» selon les membres de l’opposition au conseil qui n’ont pas enregistré la moindre retombée à ce prix bidon. Furax les membres de l’opposition ont décidé de commander une expertise et lancé un avis de recherche pour retrouver 8 000 des 10 000 plaquettes imprimées, et dont personne n’a vu la couleur.

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