La lettre à Lulu
N°3 - mars 1996

Poulet grillé au Marlowe

Qui police ?


La bonne entente entre débiteurs de boisson et dignes fonctionnaires de police a des limites, que diable !


Pas de confusion : une note de service n’est pas une facture de services rendus. Comme le montre notre document, le grand manitou de la police locale le rappelle fermement à ses hommes surpris en vagabondage au Marlowe, bar fréquenté par les fils à papa et minets BCBG nantais, et quelques étoiles du foot local et de la Maison Poulaga qui ont pris l’établissement pour une annexe du commissariat central. Et le taulier du Marlowe prend Waldeck pour une extension de son bar. Alain Deschamps, commissaire divisionnaire directeur départemental de la sécurité publique de Loire Atlantique, signe le 12 janvier cette circulaire à tous les services de Nantes : « Il a été porté à ma connaissance le fait qu’un certain nombre de fonctionnaires se rendaient fréquemment dans le débit de boisson «Le Marlowe » pendant les heures de service, et ce sans qu’il en résulte une quelconque rédaction de procès-verbal ou de main courante. Par ailleurs, Monsieur Emile Boualy dit «Jacky», propriétaire du Marlowe se promène régulièrement dans nos locaux, discutant avec les uns et les autres (tant au Corps urbain qu’à la Sûreté urbaine) sans qu’apparaissent clairement les raisons de sa présence. J’attire votre attention sur le fait que, si nous nous devons d’établir des contacts utiles pour le Service avec les propriétaires des principaux établissements de nuit de la circonscription, nous devons veiller avant tout à ce que cette relation ne se transforme pas en copinage, voire en collusion. »

Un mois après cette circulaire de semonce, le Marlowe a senti le vent du poulet, puisque «Jacky» a vu «Blacky» (alias Patrick Soyeux, cerbère d’entrée du bar) interpellé par la PJ à Bordeaux, placé sous les verrous, fortement soupçonné d’une trafic de stupéfiants et d’association de malfaiteurs, au point d’être mis en examen pour ces motifs et maintenu à l’ombre en préventive. Pour compléter le tableau, le patron avait auparavant déposé plainte pour extorsion de fonds contre son ancien portier. La police est sommée de circuler. Y’a rien à être vu à traîner à ce comptoir.

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