La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

Prière d'insérer. Le maccarthautiste a frappé


Patrons-bénévoles dans l'insertion, c'est pas un métier facile.


Prière d'insérer. Le maccarthautiste a frappé
Bien embêtée, la CFDT qui dénonce, avec la CGT, le management patronal autoritaire de l'entreprise d'insertion Oser, lancée il y a 15 ans par d'autres syndicalistes CFDT.
«Ils ont mal tourné», dit un cédétiste défendant les salariés de la structure basée à Rezé.
Il y a quatre ans un conflit social a déjà éclaté dans cette entreprise d'insertion, de18 permanents pour deux centaines de chômeurs accueillis au sein d'ateliers menuiserie, jardin, linge, ménage, petits déménagements et menus travaux à domicile. Quelques fidèles administrateurs autour du président soupirent sur la charge ingrate de leur bénévole «engagement militant» pour l'insertion. Ils viennent quand même de donner dans le patronal pur et dur, en virant sans scrupule un encadrant. Juste avant, un de ses collègues, qui venait de faire valoir son diagnostic du management improbable de la boîte, a démissionné pour s'extraire du climat social oppressant, intenable pour lui. Deux désinsertions d'un coup. Ambiance.
Les patrons-militants évoquent «refus de la hiérarchie, confusion entre autonomie et indépendance », avouent « n'y rien comprendre», et déplorent un «manque de communication». Pour le licenciement, la communication a pourtant été efficace : la lourde et tout de suite. «Lors de l'entretien avant le licenciement, j'ai été insulté, traité de maccarthyste et d'autiste», s'insurge le président de l'association Hughes Cotron, comme s'il pensait devoir être chaudement congratulé par la victime de son management éclairé. Anecdote en passant, ce président travaille dans le civil comme conseil en ressources humaines.
Fin 2004, le cabinet d'audit Aviso dévoile «un niveau de stress au travail alarmant» et un niveau de surcharge de travail des encadrants «qui montre un défaut d'organisation», pointant «des relations humaines et une structuration hiérarchique qui posent problème». Les réponses trouvées ont nettement accru les crispations autour de l'ancienne coordinatrice promue directrice avec promesse de formation pour se mettre à niveau : «J'ai été embauchée il y a cinq ans pour servir de fusible, pour faire le tampon entre l'ancien directeur et les encadrants que j'ai alors soutenus. On m'a dit que depuis, j'avais trahi, changé de camp», dit Pascale Bosc qui a iznogoudé son prédécesseur.
«Administration pointilleuse et démesurée, anormalement autoritaire, conseil d'administration complice d'une direction bornée» adepte du «punir, exclure, licencier, au mépris de l'humain», répond l'intersyndicale. Si l'entreprise d'insertion se veut moderne jusqu'au bout, il lui faut un bon slogan. Proposition : rien n'insère de courir, il faut punir à point.

Fernand Peutoulier

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