La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

Produit antérieur brut

Tractopêle-mêle


Contre l’univers concertationnaire, la guerre éclair de l’urbanisme.


Produit antérieur brut
« Concertation », « participation », « coconstruction » forcément « à la nantaise », la bourgmestre nantaise clame à tout bout de ville les mêmes mantras pour tenter de convaincre ses administrés qu’ils sont bien les décisionnaires des décisions décidées en fait en haut lieu. Mais, même répétés à l’infini, ces « éléments de langage » ne trompent personne, à part Johanna Rolland, appliquant méthodiquement la méthode Coué.

Dernier exemple en date, le réaménagement du square Fleuriot, dévoilé du jour au lendemain le 27 juin, avec construction d’un immeuble, sans coconstruction mais déjà son promoteur et son calendrier des travaux. Pas besoin d’un concours d’architecte, peu importe si c’est en secteur sauvegardé, et pas question de traîner cette démocratie qui s’enlise à prétendre écouter la populace et l’avis final du commissaire-enquêteur. Les élus ont d’ores et déjà refilé l’opération au promoteur Pascal Bécaud (Isseo) et le chantier démarrera à la mi-août. Ça c’est de la coconstruction expéditive. Les règles d’urbanisme limitent le futur édifice à trois étages. La densification de la ville, vantée pour contrer le fameux étalement urbain et rurbain, s’applique au-delà du périmètre du secteur sauvegardé.

L'opération reste vertueuse selon les élus, puisque, avant l’actuel bassin, l’ancien hôtel de la Poste occupait l’espace jusqu’en 1972. Retour donc à l’antérieur. Un raisonnement à l’inverse de celui tenu par Ayrault, avant Johanna Rolland, qui avait écarté d’un revers de manche tout recreusement du lit originel de l’Erdre, Cours des 50 Otages.

Pour dénigrer l’actuel square, le site web municipal argumente cocasse : « Les aménagements publics sont très minéraux et peu qualitatifs, les Nantais ne les fréquentent pas assez, et l’offre commerciale est peu attractive. »* D’où il ressort donc que le bassin, toujours vide et sale mais censé être entretenu par les agents métropolitains, aurait dû être réalisé en bois végétal et poil de feuille, et contenir des magasins. L’argument planque son rejet d’une catégorie socioprofessionnelle peu en phase avec le standing du centre-ville, routards, mendiants, commerçants ambulants qui s’y attardent volontiers. Pas des acteurs du territoire attractivant, dans le maelstrom de la « mise en concurrence des métropoles, où se concentrent les activités, richesses et talents »**. Un bulldozer, vite.
Jibé Tonneur
 
*  www.nantes.fr, 29 juin 2017 .
**  www.nantesmetropole.fr, 25 avril 2014.

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