La lettre à Lulu
n°18/19-été

Qui c’est qu’a pété. Cinq cents grosses cochonnes qui puent


Malgré les protestations des riverains, une gigantesque fabrique de jambons sur pieds va s’installer à un jet de pierre du bourg de Blain.
Sous les vents dominants.


Qui c’est qu’a pété. Cinq cents grosses cochonnes qui puent
La réunification de la Bretagne n’est plus un fantasme. C’est devenu une réalité, par la grâce des éleveurs de cochons. Saturés de lisier, pollués jusqu’à la nappe, les industriels de l’agro-alimentaire breton ont en effet décidé de nous faire partager les joies de l’eau nitratée et de la campagne qui pue. Après Derval et Ruffigné, où sont épandus quelques «excédents structurels», exportés par les chapeaux ronds, c’est au tour de Blain de faire les frais de la colonisation par le cochon. Menacée sur ses terres, la Cana d’Ancenis prend les devants et soutient le projet.

Un groupement d’éleveurs, épaulé par la coopérative, s’apprête ainsi à bâtir une porcherie sur le village de la Chaussée, à l’entrée ouest de Blain. Pétitions, manifestations, interventions diverses et variées, n’ont pas suffi, pour l’heure, à faire revenir les cochonniers sur leur décision. Ces derniers, cinq gros agriculteurs du coin, associés à ce projet de «maternité» commune pour alimenter leurs élevages de porcs, ont la loi avec eux et n’ont que faire des protestations de ces midinettes de voisins effarouchés par la virile odeur du lisier.

Qu’importent les 600 000 tonnes de surproduction qui vont envahir le marché français cette année, les cochonneurs de Blain ont des atouts à faire valoir auprès des banques pour maintenir leur projet : ils n’emploieront que deux salariés et demi pour les 445 truies et 10 000 porcelets. Une performance qui rend minables les petits éleveurs de cochon sur paille, dont on se demande quelle mouche à lisier les a piqués pour s’obstiner à nier le progrès. Les gros éleveurs cachent à peine leurs ambitions, puisqu’ils envisagent de construire une seconde porcherie à côté de la première. Histoire de détourner habilement les textes, qui limitent à 450 truies l’implantation d’élevages hors-sol non soumis à enquête publique. Il leur suffit de construire plusieurs porcheries de 445 truies chacune.

L’affaire fait suffisamment de bruit dans le bourg pour que le maire, divers droite, ait pris position contre l’implantation de l’élevage, après avoir délivré le permis de construire qu’il était légalement contraint d’accorder. La Cana commence à être embarrassée avec cette affaire, elle qui essaie de redorer son blason en affichant sa volonté de promouvoir une agriculture propre. Mais la raison économique semble prévaloir. On attend avec impatience le prochain communiqué de la chambre d’agriculture, qui a décidé de lancer une vaste campagne de communication pour «améliorer l’image d’une profession mal perçue par le grand public». Bonjour le travail de l’agence de pub à qui sera confié le boulot.

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