La lettre à Lulu
Lulu 57 - juillet 2007

Relation presse de couleur. La France d’après tout de suite


Le facièsme ne sapera pas. Ne sapera pas le moral en tout cas.


Relation presse de couleur. La France d’après tout de suite
C’était au temps des législatives. Du temps où, entre deux tours, on prédisait une vague bleu horizon. François Pinte tient meeting à La Beaujoire, soutenu par François Fillon. Parmi les journalistes, Stéphane Perrier, qui a pris sa caméra et n’a pas pensé à changer sa couleur de peau pour faire son reportage au pays de la France d’après et la droite décomplexée. Il a gardé sa tête de tous les jours. Une tête un peu rasta qui alerte le service d’ordre de l’UMP. Un des gros bras croit repérer un sauvageon en train de voler un pied de caméra près des issues de secours. Un black avec du matos qui vaut des milliers d’euros, ça relève manifestement du flagrant délit manifeste. Interpellation immédiate.

Le journaliste a pourtant son accréditation en bonne et due forme autour du cou. Mais il a son look louche. Cette espèce de Yannick Noah qui s’intéresse à du matériel de vrai journaliste, c’est forcément la banlieue anxiogène qui débarque pour faire la nique aux nouveaux maîtres de la France. Un des trois cerbères lui confisque sa carte de presse. Plusieurs fois, le balèze pousse de la main le journaliste, comme pour provoquer le pétage de plomb légitimant une intervention musclée. Le ton monte. Les gros bras exigent une protestation en sourdine pour éviter le tapage dans la salle du meeting. Ils veulent expulser le trublion, pourtant défendu par ses collègues de la presse locale qui attestent qu’il est bien des leurs. Il faudra des membres de l’UMP locale pour indiquer aux mastards qu’ils se sont gourés. Le service d’ordre n’écoute que son devoir, servir l’ordre. Bienvenue dans la France de tout de suite.

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