La lettre à Lulu
Lulu 109-110

Relocalisez le foot amateur

Loin du but


Les footeux font des kilomètres dans tous les sens sur le terrain. Et pire sur les routes.


Relocalisez le foot amateur
On vous parle du temps où le sport se faisait en plein air, avec des paquets de gens, et non pas sur un balcon ou dans le livigroube. Depuis deux saisons, les équipes de foot inscrites dans les championnats de la ligue des Pays de la Loire ont dû bouffer bien plus de kilomètres pour jouer des matchs dans toute la région. Au lieu de taper la chique face aux équipes voisines, ce qui était tout à fait jouable. Mais voilà, à partir du 1er janvier 2016, la réforme territoriale a fait passer le nombre des régions de 22 à 13. Et la fédération française de football a demandé à ce que les compètes soient plus régionales. Concrètement, trois des cinq départements ligériens sont désormais représentés dans chaque poule. Avant, c'était seulement deux. Résultat : jusqu'à trois fois plus de bornes pour certaines équipes, des frais kilométriques qui explosent, entre 5 000 et 10 000 € selon les clubs.

Viens poupoule

Exemple : pour un match au Mans, une équipe nantaise de 8e niveau va se fader 360 kilomètres aller-retour. Soit 38 € par voiture, sachant qu'il en faut cinq pour emmener l'équipe et ses dirigeants, pour près de 200 € de carburant. À ce même niveau, les amateurs de derbys (matchs entre voisins) pourraient espérer une rencontre entre la Saint-Pierre de Nantes et l'AEPR de Rezé... Seulement 22,2 km d'un stade à l'autre, aller et retour. Un échauffement ! Malgré cette proximité, les deux équipes n'ont pas joué dans la même poule cette saison.

« Les clubs ont validé le principe avant la constitution des championnats », indique Gabriel Go, aux manettes d'une commission régionale des compétitions de la ligue qui avoue s'être « bien creusé la tête fabriquer un système qui nous est imposé » par la fédération française de football. Et côté sous, « une caisse de péréquation permet d'équilibrer les dépenses de déplacement », indique la ligue. Chaque club paye donc pareil. Mais plus qu'avant, puisque la fédération et la ligue régionale n'ont pas mis la main à la poche. Ni pour les frais d'essence, ni le reste. C'est vrai que si la gasoline est en prix négatif pour écouler les stocks des braves pétroliers, ça va un peu changer la donne.

FFF : Fast food facture

Jusqu'avant l'arrêt de jeu mondial, le dernier repas devait être pris au moins trois heures avant le coup d'envoi, pour respecter les organismes. Du coup, les équipes ont pris l'habitude de se retrouver attablées aux restos proches de l'autoroute, souvent aux environs d'Angers, avant midi pour jouer plus léger vers 15h. On y mange cheap : 10 € le menu, pour 18 à 20 personnes. 200 € quand même à ajouter à la facture. Si ce n'est pas comme ça chaque dimanche, la logistique pèse sur la tirelire.

Au-delà de la trésorerie, l'impact écologique ne semble questionner personne mais, à l'usage, des clubs ont pourtant vu les limites du principe : ainsi des joueurs aux vies déjà bien remplies se sont-ils repliés sur des championnats dits « de loisir » moins chronophages. Une équipe basée à l'ouest de Nantes parcourra dix kilomètres au plus pour aller et revenir d'une partie de foot chez chacun de ses adversaires de la saison, tous situés en ville ou dans les communes environnantes. Mais « le principe n'est pas applicable partout en région », dit la ligue, car il y a une plus forte concentration de clubs à Nantes qu'en Mayenne par exemple. Moins de bagnole, là où c'est possible, ça libère quand même du temps pour organiser des tombolas afin de gagner des sous. Il en faut, pour financer les déplacements. En attendant, c'est un placement.
Mémé Caquet

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