La lettre à Lulu
Lulu 55 décembre 2006

Roulée dans la farine. Comme un jour sans pain


Après la boulangerie forcée, on ne lui fournil pas de formation.


La boulangerie ne rend pas extra-lucide. Murielle n'a donc pas pu prévoir que son premier employeur allait sombrer en liquidation judiciaire. Ni que le second, une autre boulangerie, allait la licencier d'un CNE (ce mirifique Contrat nouvelle embauche) qu'on ne lui a d'ailleurs jamais fait signer.

Dégoûtée de la boulangerie, sortie du pétrin, elle veut devenir secrétaire médicale, dans la lignée de son bac SMS (pas le pianotage des messages de portable, mais bien le bac série sciences médico-sociales). Virée en octobre, elle trouve une formation qui débute aussitôt de « secrétaire assistante spécialisé médico-social » auprès de l'IFOM, un institut nantais privé de formation aux carrières paramédicales. Pour 36 semaines, dont dix de stage, le coût est de 2.360 euros. Pas vraiment une bouchée de pain. « Pas de problème, vous pouvez commencer, on va trouver le financement », dit le directeur du centre de formation. Toute contente, Murielle doit commencer le lundi qui suit. Un rendez-vous aux Assedic confirme que l'ANPE va trouver comment financer. Mais à l'ANPE, Murielle se fait incendier : il n'y a pas de travail dans ce domaine-là, et comme elle n'a pas sur elle le devis de cette formation, elle se fait traiter de « menteuse ». De toute façon, elle a été trop rapide : il fallait monter le dossier six à huit semaines avant! Mais à cette date, elle ne pouvait pas se douter qu'elle allait se faire jeter de la boulangerie.

Aussi absurde, on lui préconise une autre formation, conventionnée mais qui ne prépare pas à un diplôme, et qui a surtout déjà démarré depuis plus d'un mois. Autres conseils : retourner dans la boulangerie, ou essayer la restauration. « Mais j'ai un bac médico-social ! Et j'étais persuadée qu'avec une rupture de CNE, on allait m'accorder des aides », dit Murielle qui a changé de conseiller ANPE : le nouveau lui annonce qu'il existe bien un financement, mais que c'est trop tard. Murielle et sa mère frappent à toutes les portes, à la direction de la formation professionnelle de la région, qui renvoie à la mission locale pour l'emploi, puisque Murielle a moins de 26 ans. Là, elle apprend qu'elle aurait dû monter son dossier avant le 15 août, en devinant entre deux baguettes que son patron de la boulange allait la jeter. La boîte de formation qui avait garanti un financement facile, propose juste de lui faire payer sur six mois, voire sur onze mois. Sans autre formation de procès.

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