La lettre à Lulu
Lulu 48 mai 2005

Ruée dans le brancart. Du travail soigné


Attention, danger travail. Il arrive régulièrement que l’intérim place sa main d’œuvre dans des boîtes pourries. Sans formation. Machines qui marchent mal, sans protections. Sans consignes de sécurité. Les marchands de viande ne sont pas à ça près.


Au tribunal de Nantes, le 7 janvier dernier, les juges ont vu passer des mains gelées d’avoir trop rangé en cartons des lardons sortant d’un tunnel de congélation à – 20°. Amputation frôlée de deux doigts. Puis un ouvrier d’une société d’aluminium qui s’est pris deux mois d’arrêt après avoir dégringolé d’une échelle dont les patins antidérapants étaient usés jusqu’à la corde. Ca vaudra 1000 euros d’amende au patron. Le montant d’un mois au SMIC à lâcher puisqu’il s’est fait gauler. «Les intérimaires servent de bouche-trous, passent d’un poste à l’autre sans formation spécifique», analyse le procureur. Le 13 janvier, un intérimaire aux Chantiers de l’Atlantique s’est fait brûler aux jambes et à la main droite quand un solvant pour dégraisser les pièces métalliques a pris feu. Une semaine avant, dans le même compartiment machine du ferry Berlioz, un accident similaire avait fait deux blessés.

L’intérim, ce cadeau qu’on prédit aux jeunes, est champion de l’accident du travail. 12,14 % des intérimaires des Pays de la Loire ont été accidentés du turbin. C’est deux à trois fois plus que la moyenne des aléas du travail. Ces intermittents du boulot sont essentiellement des jeunes sans expérience, et plus de la moitié sont dans la métallurgie ou le BTP. «Qu’on cesse de prendre les intérimaires pour des sous-travailleurs, qu’on cesse de leur réserver le travail le plus ingrat», dit Chris-tian Prat*. Il est ingénieur conseil en charge de la prévention à la Caisse régionale d’assurance maladie, qui prend en charge ces blessés du taf. Propos tenus lors d’un forum sur la sécurité des intérimaires. L’approche était très économique : selon Annie Rault, présidente régionale du syndicat des entreprises de travail temporaire, «l’accident coûte à la collectivité, mais aussi à l’employeur et à l’utilisateur de l’intérimaire»**. Que l’estropié de la mission intérim rentre chez lui diminué n’a pas l’air de pouvoir être vécu autrement que comme un problème budgétaire. Allez les jeunes, c’est quand même tentant : sans expérience, sans avenir et sans doigts. Et si certains ne survivent pas à leurs blessures, on leur fera un bel enteriment.


* Ouest-France, le 5 novembre 2004
** Presse-Océan, le 5 novembre 2004

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