La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Sacro-saint carbone


La saga du papier carbone trempé dans le bénitier.


Ces trois dernières décennies, la PME au statut de boîte paternaliste et régionale, née à Chantenay en 1922, s’est arrachée peu à peu du papier carbone qui fit sa réussite et donne dans le moderne. Dans les années 60, le curé de Saint-Martin bénit la kermesse patronale annuelle d'Armor qui recrute une partie des ouvrières à L'Immaculée conception, l’école de jeunes filles voisine. Pour les gars, un certif d’instruction religieuse ouvre autant les portes que le parrainage d’un chef ou d'un ponte de l’usine. Patrons et leurs ouailles en communion. « Armor n’est pas une entreprise à l’avant garde des luttes sociales », confessent les retraités des années 80, l'ère prospère du carbone Armor ayant accordé de bons avantages, temps de travail et congés. Peu de syndicats : la CFTC seule jusqu’en 1964, la CFDT comme seule rivale jusqu’en 1994.

En 1983, avec la bénédiction d’Antoine Rufenacht, financeur historique du groupe, Armor s'accorde avec le Japonais Fuji-copian, introduisant le « transfert thermique » en Europe. Temps de « prospérité » dont l'actuelle direction s’attribuerait bien les mérites exclusifs. Armor devient n° 1 mondial du film d’impression des codes-barres. Le secteur des cartouches jet d’encre étant dit en crise, 89 licenciements sont annoncés en 2006, plan social finalement annulé. Et Armor devient n° 1 européen de la cartouche jet d’encre et n° 1 français de la cartouche laser 100 % recyclable. Puis, nouvelles productions de films innovants : photovoltaïque souple (ASCA) bas carbone garanti sans métaux rares et « En’safe » enroulé dans les batteries pour les faire durer plus longtemps.

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