La lettre à Lulu
Lulu 65 - juillet 2009

Saloon Auratapo. Caquette toujours, tu m'intéresses



Poulet bien ficelé

Les marges arrières ont officiellement disparu, mais les fournisseurs doivent fournir et les barquettes étiquetées et la main d'œuvre pour les mettre en rayon. Et si, dans la semaine, le magasin vend une palette de plus que prévu, le magasin taxe le fournisseur, demande un "effort", une ristourne. « Quand y'a en rayon un poulet gratuit avec un acheté, je sais qui le paye » grince Jean-Robert You, ficelé par son fournisseur, le groupe volailler LDC (et sa marque Le Gaulois), qui répercute la pression sur l'éleveur. Pieds et poings liés, le poulétologue. On lui impose les aliments pour les volatiles, et les cours du jour pour ses bestioles à kilo.

Volaille le bec dans l'eau

« On a exigé des normes sanitaires, de la traçabilité grippe aviaire, le durable, le bien être des animaux, les contrôles sur nos surfaces cultivés, pas de problème. Mais si on fait une connerie, on nous loupe pas. Eux, la grande distribution, on ne leur dit rien... », grogne Mickael Trichet, président des Jeunes agriculteurs 44.
Ils bossent sept jours sur sept, sans s'en plaindre. Ils étaient prévenus. Les jeunes tirent plus la langue, endettés jusqu'aux yeux. « Moi je tourne à 800 euros de revenus par mois. Ah, on n'est pas emmerdés par les impôts ! », dit Jean-Robert. Son voisin Benoit Suteau, éleveur de dindes et de canards installé en 1998 à Mésanger lui-aussi, doit sortir 70 000 euros de remboursement par an. Et il en a pour une quinzaine d'années, avec des rallonges, vu qu'il a dû recapitaliser son exploitation qui battait de l'aile. Lui reste un revenu d'un millier d'euros, mais il a connu pire : « J'ai dû prendre en plus une activité de rôtisserie sur les marchés, le week-end. Si on comptait l'heure travaillée, on aurait droit au RSA ».

Équitable des négociations

« On demande juste à vivre avec un prix décent. Le commerce équitable, faut y penser ici, aussi. On veut pas s'enrichir, on réclame juste 5 centimes d'euros. Pour nous, c'est travailler plus pour gagner toujours moins », poursuit Jean-Robert You. La barbe d'une nuit d'occupation piquant les joues, Gildas confie : « Je me suis installé en novembre dernier, avec une étude économique sur six ans, basée sur un prix du lait à 500 euros les mille litres, et ça passait juste juste. À 280, impossible! À ce tarif-là, aucune banque ne m'aurait suivi ». Le paysan n'a plus qu'à trimer pour survivre. Mieux nourrir ses poulets que lui, ou voler dans les plumes du système ?

Luc Tuyau

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