La lettre à Lulu
Lulu 49 été 2005

Sansmoquette airlines. Avions pensé que…


Le nouvel aéroport est brindezingue, d’après un pro des zingues.


Sansmoquette airlines. Avions pensé que…
On ne s’attendait pas forcément à trouver chez les pros de l’aviation de tels arguments d’aéro-septicisme au ras des pâquerettes. Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’a finalement pas que des partisans chez les industriels du cru de l’avion. Ainsi, Jean-Paul Dubreuil, le pédégé d’Air Caraïbes après avoir dirigé Régional Air lines, explique l’air de rien que ce projet a été pensé il y a vingt ans, «uniquement pour les infrastructures et l’environnement» et qu’on a «simplement oublié le commercial»*. Et justement, y’aurait comme un problème. Les liaisons courtes ? Pas très encourageant : «Le TGV rend les vols Nantes-Paris anecdotiques». Les perspectives de lignes Nantes-La Baule et Nantes-Redon sans escale n’ayant pas l’air de représenter des niches alternatives, il faut sans doute espérer un marché florissant du côté des liaisons longues, alors ? «Cet aéroport ne sera jamais un hub (nœud d’interconnexions de destinations et de transferts entre lignes) et on n’y verra pas de Nantes-Pékin, parce qu’il n’y aura pas assez de péquins pour remplir un A 380». Si on ne se fait pas envahir par les nouveaux maîtres du monde, où va-t-on dénicher des clients, quand tout le reste de la planète sera réduit à des revenus de tiers monde ? Pas très rassurant, le patron d’Air Caraïbes affirme que «la zone de chalandise (du nouvel aéroport) ne sera pas très différente» de celle de l’aéroport actuel de Château-Bougon. Pour imaginer une croissance maousse de clientèle qui justifierait ce méga équipement tout neuf, il faudrait quoi, alors ? Avis d’expert : Notre-Dame-des-Landes «peut intéresser les compagnies low cost, s’il ne coûte pas cher. Donc il faut le faire, mais sans marbre ni moquettes». Voilà donc la décroissance à l’œuvre : une cabane en planches, un toit en carton bouilli, le sol en terre battue, au bout des pistes en herbe folle, où atterriront des avions en bois, à hélice mue par des gros élastiques en hévéa naturel. Faudra aussi penser à ajouter un centre aéré. Pour les cerfs volants.

Louis Blaireau.

* Ouest France, le 2 mai 2005

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