La lettre à Lulu
Lulu 48 mai 2005

Sauce forestière. Libérez l’écorce !


De notre envoyé spécial dans le sous-bois.


En balade en forêt près de l’étang de Vioreau, les rencontres sont ponctuées par l’écho des coups de feu des taquins de gâchette. D’abord la voiture d’un saigneur de la chasse quittant la "scène du crime" comme on dit à la police judiciaire, laissant dans une allée forestière un grand sac poubelle ruisselant de tripaille animale sanguinolente. Un vomitif efficace conseillé aux sangliers qui auraient du mal à éliminer les lapins en chocolat de Pâques.

Une dame BCBG en Mercedes : «Vous êtes dans une propriété privée et il y a des chasseurs, il ne faudra pas venir vous plaindre si vous prenez un coup de fusil» . Elle explique qu’ils sont trois propriétaires de sociétés de chasses, 500 ha d'un seul tenant à cheval sur La Meilleraie et de Joué-sur-Erdre... «Nous sommes des protecteurs de l'équilibre écologique de la forêt. Vous ne pouvez pas savoir les dégâts causés aux arbres par les chevreuils, qui les abîment en se frottant contre leurs troncs, et ça fait mourir les arbres qui attrapent des maladies ! Les promeneurs, on n'en veut pas : ils font des dégâts et nous sommes responsables en cas d'accident avec la chasse... On accepte à la rigueur des gens de Joué ou de La Meilleraie que nous connaissons, sinon les gens commettent trop de nuisances». Connaître ses serfs, le must ! «Les promeneurs ramassent des champignons, vous vous rendez compte j'en ai surpris avec un plein sac, au moins un kilo. Ils salissent aussi les forêts, renversent les champignons vénéneux, laissent des détritus». Le sac poubelle plein de tripaille fumante, c'est sans doute une œuvre d’art contemporain. Quoique question références, les viandeurs se la jouent plutôt folie des grandeurs, ancien régime. Ils ont installé des pancartes pour nommer leurs allées forestières «des Champs Elysées», «de Breteuil», «de la Reine».

Deuxième voiture, autre dame, même baratin, toujours moteur allumé. L’écologie en collier de perles, une affaire qui roule, pour porter le lunch de midi aux maris en embuscade à peine à 500 m... C’est beau l’amour et le souci de la nature en grosse cylindrée. «Je ne vais tout de même pas y aller à pied, s’insurge la dondon préposée à l’intendance. Et puis on ne rentre pas ainsi chez les gens ! Est-ce qu’on entre comme ça dans votre chambre ?" C’est vrai, aucun paillasson «Welcome» n’a été installé à l’orée de la forêt. Le gibier ne sait pas lire ou quoi ?

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