La lettre à Lulu
Lulu 109-110

Sauve qui peut la plage

Démouillage


Après avoir baladé du sable, La Baule pompe et recrache de l’eau de mer. En mer.


Y a plus de sable sur la plage ? Pff, on en remet. En 2003, La Baule a affrété des norias de camions pour regarnir sa plage sur trois kilomètres : plus de 315 000 m3 de sable avaient été piqués en face, sous l’eau, puisés au banc du Pilier exploité par les sabliers* à sept kilomètres au large. Filtré, transporté par barges à Montoir, ce sable de secours a été déversé au pied du remblai par une chorégraphie de 200 camions par jour pendant quatre mois. Tout ça pour près de 5 M€ et un résultat très éphémère. Les années suivantes, rebelote, 10 000 à 15 000 m3 de sable transitent entre Pornichet et La Baule pour compenser les volumes que la marée, vraiment taquine, s’obstine à déplacer.

Tuyau percé

Cette fois, changement de méthode. Sisyphe, tu peux aller te rhabiller. Le tonneau des Danaïdes ne sera plus baulois. Un procédé danois repris par Écoplage, une boîte de Sainte-Luce-sur-Loire, draine le sable pour qu’il ne se fasse pas la malle, en contrant l’érosion de la plage. Pour assigner ce fichu sable à résidence, un drain de 950 mètres est enfoui parallèlement aux vagues. Il est supposé démouiller le sable, captant la flotte dans le tuyau percé camouflé deux mètres sous la plage. L’eau récupérée est évacuée par pompage et... Et quoi ? Et rebalancée à la mer. Sauf un petit cinquième des volumes, 100 m3/h, qui prend le chemin inverse, direction la piscine Aquabaule, alimentant les bassins et une pompe à chaleur qui transforme la fraîcheur de l’eau de mer en chauffage, mais avec une chaudière à gaz de secours, quand même, pour 15% d’appoint. La vraie eau, trop fraîche pour la baignade ? Pff, suffit de la chauffer, ici à 32 degrés.

Le procédé Écoplage a coûté 1,5 M€ HT, sans compter la maintenance chaque année**. « La plage est pleine d’eau. C’est sans doute la pire plage qu’on ait traitée », avait noté le chef de chantier (Ouest-France, 25/01/2019). Du La Baule bashing tout craché.
Manu Méroté
* Le marchand de sable est paré, Lulu n° 44, avril 2004.
** 16 600 € par an en 2006 aux Sables d’Olonne qui a le même procédé Écoplage depuis 1999 (Association nationale des élus du littoral, avril 2006).

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