La lettre à Lulu
Lulu 76 - mai 2012

Savoir Vivre. Si on ne peut plus flanquer la valetaille dehors...


C’est l’obsession des coproprios du lotissement BCBG de Carquefou : expulser leur ex concierge.


Le petit personnel, à la rue ! Son grand père a été métayer du château. Quand le parc du château s’est vendu en lotissement chic en 1965, il est devenu gardien-jardinier. à sa retraite en 1994, sa petite-fille Eliane Dupé lui succède comme concierge à temps partiel. Ramasse feuilles, clé du tennis, entretien, gazon à tondre, menus services. Le maigre salaire du papy Albert est transformé en rémunération zéro pour sa petite-fille, boulot contre l’occupation de la maison et usage du potager. Du servage en bonne et due forme. En 2002, l’association des copropriétaires du lotissement Le Housseau, à Carquefou, veut la licencier comme une malpropre et récupérer la maison où elle loge avec sa mère handicapée. Problème, le contrat de travail n’est pas réglo du tout. Ce qui calme les ardeurs pour la virer. Il a été question de la remplacer par un couple de gendarmes retraités, mais rien de précis. Pourquoi ces rupins veulent tant mettre le grappin sur le lopin ? Spéculation immobilière ? Possible.

Pour mettre de l’ambiance, certains proprios accusent leur concierge de détourner du matériel : elle mangerait le blé dédié aux canards de la mare. L’essence de la tondeuse, elle la boit, c’est sûr... Quand un chat se fait tirer dessus avec une carabine à air comprimé, c’est chez elle que débarquent les pandores pour une perquisition en règle. Malgré ces mesquineries, on lui fait un nouveau contrat. Pas pour longtemps. En 2009, après avoir revu leur copie, la majorité des coproprios lance un licenciement économique et une demande d’expulsion dans la foulée, le logement étant lié au contrat de travail. Division chez les 239 proprios : un comité de soutien se crée contre l’éviction, demande le maintien sur place contre un loyer modique. Les autres voisins chic disent que leur ex concierge est butée. Étant née ici et y ayant passé sa vie, elle s’incruste. Pire, elle «réclame un droit sur sol» ! Les HLM n’ont pas de solution de relogement. Une procédure est en attente aux prud’hommes pour licenciement abusif. Mais la machine à expulser est en route, les juges accordant juste des sursis. Hypocrites, les coproprios qui disent privilégier «une solution humaine et digne» envoient un huissier avec un commandement de quitter les lieux avant le 3 juillet. Pour une expulsion dignement humaine, forcément.

* « Chasse au serf chez les rupins », Lulu N° 38, novembre 2002 ; « Les proprios se prennent un râteau », N° 39, avril 2003 ; « La petite maison dans l’après ric rac », N° 72, avril 2011.

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