La lettre à Lulu
Lulu 50 novembre 2005

Sciences comiques. La tenta(tion) de l’observatoire



L’école nantaise des communicants s’est fendue d’un observatoire des médias à sa sauce. Rien a à voir avec l’Observatoire nantais des médias*, structure militante critique, créée quelques mois plus tôt comme antenne de l’OFM, l’Observatoire français des médias. L’observatoire façon Sciences com’ s’appelle en fait l’«Observatoire de la fonction communication et des médias». Il a publié une brochure de 30 pages intitulée Les dossiers de l’observatoire. On y lit qu’«une grosse piqûre de best practices vous dope un communicant et revitalise les plans de com’ un peu mous», avant de dévorer un article sur une «opération de benchmarking innovante» menée par des «managers» d’Airbus et d’Atmel. Expert, un prof de Sciences com’ explique comment il a fait avec succès l’intermédiaire : «Atmel a une logique très internationale et très innovante en termes de communication et de management, c’est ce qui a plu à Airbus». Les salariés de l’avionneur ont quelque soucis à se faire si Atmel sert de modèle. Surtout s’ils ont un tant soit peu suivi l’actualité locale de l’entreprise de semi conducteurs : «Avant de vendre son usine de puces nantaises, le groupe Atmel siphonne les caisses», titre Presse-Océan **. Fin août, le groupe américain Atmel a distribué 36 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires, quelques semaines après avoir décidé de se débarrasser de la partie production du site nantais pourtant très rentable. Au même moment, l’usine Atmel de Rousset (Bouches-du-Rhône) glane 93 millions d’euros d’aides publiques, sans aucune contrepartie garantie. En 2002, le site de Nantes (d’abord Matra MHS, puis Temic Telefunken Microelectronics, enfin Atmel) a, selon un décompte de la CFDT, engrangé 146 millions de d’euros d’aides publiques cumulées. En 2004, une rallonge de 9,7 millions d’euros avait été proposée par le maire de Nantes, et les élus locaux. L’offre a été gelée, et les élus se sont un peu fâchés. Reste le grand art du boniment pour sauver les meubles. On attend avec impatience le prochain topo de l’observatoire de Sciences com’, qui dira comment chez Atmel la fonction communication de crise relevera un tel challenge. Et si le personnel ne s’en relève pas, il sera toujours temps d’enclencher la fonction commisération.

* www.observatoire-nantais-medias.fr/
** Le 7 juillet 2005

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