La lettre à Lulu
Lulu 43 - décembre 2003

Sécateur d’indicateur. Buren scié à la base


Le grand Tartiste de la rayure a frappé à Nantes. Sans savoir qu’un rival anonyme est tombé dans le panneau de l’iconoclastie à la meuleuse nocturne. Lulu n’a rencontré que l’anonyme.


Nantes est vraiment une ville de ploucs. Il aura fallu poireauter plus de vingt ans pour avoir son scandale Buren en province. Et encore, personne ne s’en est vraiment aperçu. Pour les célébrations des vingt ans du Fonds régional d’art contemporain, à Nantes cet été, Daniel Buren a été nommé grand signalétiqueur en chef d’un projet «éphémère prévu pour la durée des 20 ans des FRAC». Le grand Tartiste a donc collé ses rayures habituelles sur trente potences métalliques, poteaux indicateurs de 2,80 m au-dessus du sol, coiffés d’une flèche, censés guider les pas des amateurs vers les différents lieux d’expositions en ville. Il a aussi fait claquer une allée de bannières dans la cour du Château des Ducs de Bretagne. Pour les béotiens, ça s’appelle un «travail in situ». Selon les experts, «la fonction signalétique de “ l’outil visuel ” permet une concordance et une articulation en deux temps : un premier jouant tel un signal-objet dans la ville, un second tel un élément pictural en exergue du musée», ce qui «permet à l’artiste de conduire le regard de l’objet à son image». Comprenne qui pourra. Ce mobilier urbain énigmatique et rayé devait être rayé de la carte de la ville le 15 octobre. Les poteaux sont toujours là. Enfin presque tous. Un ignoble terroriste de l’art a commis fin août l’attentat suprême, l’œuvre sciée nuitamment à la base. Ce qui a coûté à l’iconoclaste une bonne bolée de sueurs, chaudes et froides. La Ville de Nantes a porté plainte en septembre. L’enquête piétine autour du trou. Mais le démonteur du totem, qui en parle avec d’étonnants accents de croque-mort (lire ci-dessous le reportage dessiné de Quentin Faucompré), a été fort marri de l’absence totale de retombée médiatique. L’indifférence. Le silence total. Pas une ligne. Tout le monde s’en fout. Artiste nantais, il voulait scier la potence en morceaux et déposer le tout là où il a arraché le poteau, avec une plaque de deuil signalant : «Frac : état des stocks». Faute de pouvoir sectionner facilement de machin en ferraille, il a gardé le poteau coupé en deux. Son intervention n’en est que plus conceptuelle : un projet de restitution en morceaux.

Reste un dilemme : si ce qui été volé est bien un Buren, l’œuvre, conçue comme éphémère, ne perd-elle pas son statut avec la fin de l’exposition ? Les poteaux restants appartiennent à Buren. Sans compter le démontage et le transport jusqu’à Lyon où ont été fabriquées les potences, «le coût de fabrication et d’installation a été de 37 671,61 euros*», précise la mairie, qui aime les précisions après la virgule. L’inventeur génial des bandes de couleurs faisant exactement 8,7 centimètres de largeur, avait fait scandale dans les années 80 en érigeant ses 350 colonnes rayées de la cour d’honneur du Palais-Royal, installation aux airs de «troupeaux de zèbres qui bandent» comme le notait joyeusement un graffiti à l’époque. Nantes s’offre enfin un scandale Buren décentralisé !

<I>* Dont une subvention de la Drac de 15 000 euros.</I>

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La Lettre à Lulu : Un beau boulot de nettoyage et dépollution, pourtant. Avec restitution au propriétaire. Où est le mal ? https://t.co/efBIFE1xql
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