La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Sérieusement givré, le tram-train

Gla-gla, tchou-tchou


Tram train Nantes-Châteaubriant : tra-tra à éviter si gla-gla.


Après quatre ans cahin-caha, le tram-train tousse toujours quand un demi-frimas immobilise net la loco du tortillard digne de Oui-Oui. Idem quand la voie a trop chaud ou quand des feuilles mortes tombent dessus, tempêtent les usagers. En plein automne perfide, ce 21 novembre, une délicate et sournoise pellicule de givre s’est posée sur des caténaires (L’éclaireur de Châteaubriant, 21/11). Patatras, voilà le tram-train collé au rail, bloquant la voie. Les cheminots enduisent les câbles d’antigel : fiasco. Une solution miracle a bien été annoncée au début 2018 : l’internet des objets. Dix capteurs sophistiqués, sur des poteaux le long de la voie, censés analyser les données d’humidité et de température, moulinées par un « algorithme de déduction du point de givre » déclenchant l’alerte. Développé par Mounir Belhamiti, cheminot numérique aiguillé député en remplacement de De Rugy, ce fameux « réseau 4.0 » reste pour l’heure en rade sur les quais.

Le 21 novembre, il a fallu affréter quatre cars de remplacement. La SNCF incrimine l’Erdre trop près, désespérément trop humide, et le voltage du tronçon nantais plus vulnérable à 750 volts que la partie train à 25 000 V. Les urbains sont complètement givrés, c’est connu. En fait, ce jour-là, le givre a gagné sur toute la ligne, de Nantes à Châteaubriant. Mais la SNCF dans la panade a la parade : faire circuler ses trains à vide la nuit pour empêcher le gel de se former. Une belle entente entre ingénieurs en chef du rail et nucléocrates ravis de prouver la nécessité impérieuse de l’atome, en dopant artificiellement la conso électrique. La transition énergétique revue par Ubu, comme quand les camions militaires tournaient à vide dans les casernes pour maintenir le budget carburant.

« Mais d’aventures en aventures/De trains en trains, de pannes en pannes/Promis craché je te le jure/J’apporterai ma caravane. » Serge Lama aurait pu écrire l’hymne du tram-train, qui a déjà coûté 270 M€, rames comprises. Au moins, avant, on pouvait encore poursuivre jusqu’à Rennes, à bord d’un TER, à condition de changer de loco. Mais depuis octobre 2017, terminus à Châteaubriant : pour Rennes, faut prendre un car jusqu’à Retiers. Les travaux devaient s’achever fin août mais en fait non. Le préfet d’Ille-et-Vilaine précise avoir du pognon pour rénover la section Rennes-Retiers, mais pas Retiers-Châteaubriant. L’État va peut-être faire la quête auprès des usagers. Deux métropoles, deux départements, deux régions, deux technologies ferroviaires mais un seul coupable : l’État qui abandonne son service public puisqu’il faut aménager le territoire dans une Europe à concurrence libre et non faussée. On attend l’algorithme pour dégeler les neurones des politiques.
Guillaume Pépinal

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