La lettre à Lulu
n°41 - juin 2003

Sur les chantiers de l'Atlantique : lire aussi



Langue de fer. Branche la reprise, y’a du courant d’air

On ne dira jamais assez l’insoutenable lourdeur de l’être positionné en posture de reprise. Pour bien des salariés des Chantiers de l’Atlantique et des sous-traitants, le carnet de commande vide, c’est le chômage assuré. Pour éviter des statistiques déplorables, un plan de camouflage des chômeurs a été lancé, sous couvert de formation. Stéphane Cassereau, le directeur de la DRIRE, la Direction régionale de l’Industrie de la recherche et de l’environnement, parle à propos du plan Cap performance, de «gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences», destinée à «positionner le bassin d’emplois dans une posture qui lui permettra d’aborder la reprise avec le plus grand dynamisme, dès qu’elle se présentera». En cas d’échec, ce serait l’imposture assurée.

Plan de communion. Opération portes closes

Photographes, journalistes, équipes télé accourus pour célébrer le miracle économique de la navale française, les paquebots de prestige, ils sont tous bienvenus. Toujours accompagnés, quand même par un garde du corps du service communication. On ne sait jamais. Mais quand il s’agit de gratter sous la surface bien polie de l’image nickel proprette, les grilles sont beaucoup plus fermées. Porte close au sociologue du travail Bruno Lefebvre, qui a pourtant ici son objet de recherche scientifique. Porte close à André Trillat, auteur d’un documentaire pour France 2, venu avec une équipe télé jauger le sort des prolos dans les boîtes sous-traitantes. Porte close au photographe de Libé, venu en avril tirer le portrait des couacs sociaux à visage grec, roumain ou portugais.

Lutte de chasse. Lieux de malaisance

Aux Chantiers de l’Atlantique, avec tout ce petit peuple de trimards dans tous les coins de paquebots, il a fallu multiplier les sanitaires provisoires. Certains lieux d’aisance de la Sodexho sont tellement exigus, la porte, le trône, les murs, qu’on ne peut pas y tenter un demi-tour. Il faut donc programmer ce que l’on vient y faire «pour entrer soit en marche avant, soit en marche arrière. Ensuite avec un peu d’exercice et beaucoup de souplesse, on peut même espérer fermer la porte», explique un tract de Lutte Ouvrière distribué à la mi-avril aux entrées du site. Ces troskistes sont impayables, ils vont même tester les cagoinces pour fomenter la Révolution.

Langue de boîte. Les finitions de la définition

La langue de boîte offre parfois des surprises. Le bulletin interne des Chantiers de l’Atlantique informe le personnel : un peu plus de 1500 ouvriers ont été «informés du contenu des définitions de fonctions correspondant à vos différents métiers»*. On remarquera que les milliers d’autres prolos n’ont sans doute pas de fonction, ou pas de métier défini. C’est infiniment et définitivement attristant.

<I>* Marine Hebdo n°152, 22 avril 2003.</I>

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