La lettre à Lulu
Lulu 67 - décembre 2009

Techno. Les nanos dans les naseaux


Plongée dans l'infiniment petit : nanotechnologies, science triomphante, avenir craignos. Un débat public prétend instaurer la concertation. Mais tout est déjà décidé, en route, en place.


Faire causer tout le monde, avec « cause toujours... » comme leitmotiv. La commission nationale du débat public a déjà servi à Nantes, en 2003, pour faire gober l'utilité inéluctable d'un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Pour les technologies de l'invisible, la CNDP refait un tour de France qui ressemble bien à une
« campagne d'acceptabilité ». Débat bidon. La CNDP reçoit en fait son ordre de mission de ministères; sept exactement. Pour l'indépendance, on repassera. Ses membres sont choisis et payés par l'État. L'instance n'est même pas consultative, elle ne produit pas d'avis, juste un rapport. Les débats proposés dans 17 villes sont totalement pipeau, puisque les décisions sont déjà prises, les équipes de chercheurs foncent déjà sur ces domaines d'innovation très vendables. Le 9 décembre 2008, Sarkozy a annoncé le doublement des crédits pour les recherches sur les nanotechnologies. La tournée en France de la CNDP, venue saucissonner en province les arguments en faveur des nano et bio technologies, a tenté de rameuter les scientifiques. Histoire de bourrer les salles et empêcher que des trublions n'élèvent la voix avec des slogans du genre « Les nanos, c’est pas vert, c’est juste totalitaire » ou « Flics, chercheurs, militaires, qu’est ce qu’on ferait pas pour un salaire », dans un concert improvisé de vrais pipeaux.

Distance mais pas critique

À Nantes, le débat est prévu le 16 février. Mais les précédentes étapes de la piteuse tournée ont crispé les organisateurs. Peut-être scindera-t-on les publics comme à Caen et Metz : les gens importants, ceux qui savent, dans une salle, le public, forcément inculte, dans une autre, les deux reliés par caméras, micros et écrans. Incontrôlable, le public doit donc être tenu à distance. Avant ça, les opposants ont donné de la voix, contrant une pseudo consultation qui n'est autre qu'une campagne d'acceptabilité, du baratin gobe-pilule basé sur un credo « faire participer, c'est faire accepter ».

Puces espionnes

Techno. Les nanos dans les naseaux
Pourtant les autorités se donnent du mal pour faire écran de fumée.

Les nanotechnologies mobilisent physique, chimie, biologie, informatique et ingénierie pour un saut qui plonge dans la manipulation des atomes, tripatouillés comme des briques de Légo. Ces innovations banalisent l'idée d'une informatique ambiante, truffée d'objets « intelligents », communicants, contrôlant tout, marchandises et êtres humains. Quelle différence ? Avec un passeport doté d'une puce RFID (radio frequency identification), lue à distance, sans contact, c'est l'individu qu'on flique sans lui dire, à travers l'objet prétendument intelligent qu'est le passeport. Bienvenue dans le nanomonde omniprésent, super puissant, invisible. Il faut décrypter le jargon : la réalité augmentée, l'« aura informatique », c'est une couche détectée par le paysage, essentiellement via les portables pour l'instant. Elément de la « numérisation de nos vies, y compris des relations humaines », dénoncent les opposants. Au supermarché, une caisse sans contact remplace le personnel, à la poste, à la gare, à la banque, on négocie avec une machine. Les cantines s'y mettent, les bibliothèques aussi. On scanne des caisses de fruits et légumes sur une chaîne logistique, comme des individus dans la ville.

Conflit entre blouses blanches

Pourtant, les warning clignotent : des instances aussi officielles que le Comité de prévention et de précaution, l'Agence française de sécurité sanitaire et de l'environnement de travail, le Comité consultatif national d'éthique, et en février 2009, le Haut comité pour la santé publique ont alerté sur les dangers et la toxicité des nanoparticules pour la santé et l'environnement*. Les nanotubes de carbone, fin du fin des matériaux de demain-tout de suite, provoquent réactions inflammatoires, difficultés respiratoires, mutations de gènes et risques de cancer. Les nanotubes de carbone sont déjà là, dans les raquettes de tennis, les vélos, l'électronique... C'est comme si on nous refaisait le coup de l'amiante, dont les usages étaient garantis tellement géniaux, et surtout y'avait tant de bizness à faire, qu'on a fait taire pendant des années les voix discordantes. On avait même soudoyé des scientifiques pour contrer les recherches prouvant les méfaits de l'amiante. Aujourd'hui, on cache les effets néfastes des nanos. C'est vrai que l'industrie du traitement du cancer a tout à y gagner. Bizness oblige. Les OGM ont été vendus comme moyen de combattre la faim dans la monde. Les nanotechnologies seront parfaites pour soigner les maladies neurodégénératives, ou Parkinson « Si on veut vraiment soigner les gens, on s'intéresse aux causes. Pour Parkinson, on commence par arrêter les pesticides... », dit Laurence de PMO, lors d'un débat fin octobre à La Montagne. Basé à Grenoble, le groupe Pièces et main d'œuvre travaille depuis neuf ans sur le décryptage critique de ces technologies.
Techno. Les nanos dans les naseaux

Science ruine de l'âme

Le progrès, la relance, le profit, ça ne se refuse pas. Scientifiques, élus, tous sont unanimes. Jean-Marc Ayrault le claironne : « Dans dix ans, Nantes sera un des leaders mondiaux » des biothérapies, secteur très imprégné de nanoculture. Vecteur de croissance, image d'innovation, emploi, positionnement international, c'est hautement stratégique. Pas question d'écouter les gâche-espoirs, les Cassandre et les principedeprécautionnistes. On a déjà vu les dégâts sur l'opinion avec les OGM qui devaient pourtant, dans le discours, sauver la planète.

La vieille fuite en avant technologique, déjà dénoncée par Jacques Ellul en 1954, est en marche. À Nantes comme ailleurs, on fonce. Cryolog développe son étiquette « intelligente ». Dès qu'un objet se pique d'être intelligent, on peut être sûr qu'il y a des nanos là-dessous. Cryolog veut donc coller son étiquette sur les produits frais, un gel contenant des micro organismes qui ont les mêmes caractéristiques que la bidoche en barquette ou le sandwich industriel au thon salade où est collé le mouchard étiquette. Autre produit, un enregistreur de températures à coller sur les colis de fruits ou de morceaux de poulets traversant l'Europe, couplant une puce RFID, avec relais sans fil (radio fréquence et 3G) vers une plate-forme internet. Le pôle nantais Atlantic biothérapies fourmille de boîtes nanotechno. Protneteomix et sa puce à anticorps, ou Capsulae qui microencapsule des « ingrédients santé » pour « libérer dans le corps » les effets actifs de ces alicaments. In-cell-art fait dans la thérapie transgénique. La boîte est focalisée sur « la vectorisation des macromolécules biologiques à l’aide de nanocarriers synthétiques non viraux ». Voilà, c'est dit. Histoire que ces molécules vraiment minus, moins du micron, franchissent les barrières biologiques et pénètrent
partout. Des trucs invisibles qui entrent partout chez vous, faut installer des alarmes. Aux alarmes, citoyens !

Daniel N'Buren


* Rappelé par le site www.piecesetmaindoeuvre.com
** Plein Ouest, N° 141, février 2009

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