La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Transparent fumé

Panoptikon


Squares grillagés, feuillage policier : la ville où il fait si bon vivre.


À Nantes, le mot accueil s'adresse aux cadres sup et ingénieurs qu’on bichonne, pas aux migrants pauvres, chassés des squares, Vertais après Daviais (pas de réouverture annoncée), jardin des Fonderies (réouverture « d’ici la fin du 1er trimestre 2019 »).Le conseil municipal a voté 490 000 € de frais de gardiennage privé, vigiles 24h/24 et « travaux de sécurisation », grillages, clôtures, pour éviter que tentes se replantassent. « Plus aucune occupation sauvage sur l’espace public ne sera tolérée » a dit Farinella Rolland.

La ville dorlote son centre : programmé de 2019 à 2021, le réaménagement Feydeau-Commerce soigne la vision panoptique à l’œuvre dans les prisons, théorie chère à Bentham et dénoncée par Foucault. Outre les caméras de vidéosurveillance 24/24, « l’éclairage nocturne, le feuillage plus fin des arbres et les plantes de moins d’un mètre de haut » sont censés garantir une vision dégagée, cliché de la théorie sociale et urbaine du « defensible space » qui charge le design urbain de rendre impossible toute déviance, de discipliner la ville, de l’ouvrir au regard policier et à la vigilance du citoyen délateur. « Pour lutter contre l’insécurité, l’espace sera plus transparent, sans recoin pour la délinquance et le trafic », a promis Johanna Rolland. ça doit être ça, le transparent adoptif.

Lu 79 fois