La lettre à Lulu
Lulu 93 - juillet 2016

Un tigre dans le promoteur

Merci Bernard !


Le promoteur immobilier est un loup pour le promoteur immobilier.


Bisbille entre promoteurs. Il faut le reconnaître, ça fait foncièrement mal au cœur, toutes ces injustices. Même si la victime  s’inverse au jeu des recours juridiques à étages. Personnage principal, Bernard Brémond. Il habite au bord de la Zad à Vigneux, et y a ses bureaux de promoteur immobilier, état-major de la gentrification urbaine délocalisée à la campagne. La proximité de la Zad, c’est ce qui doit lui donner l’idée de faire des pieds de nez à la légalité républicaine. Bernard Brémond avait commencé avant la Zad, construisant sans permis de construire son siège social face à la prairie, en zone inconstructible. « À la voyou », avait-il concédé*. Le patron voyou garde ses pratiques. Cette fois, c’est une embrouille qui remonte à 2007, quand Brémond mange un concurrent, l’agence immobilière rennaise Prodim Immo, d’un certain Bernard Tétiot, qui devient illico filiale de Brémond. L’accord entre les deux Bernard tourne vite vinaigre. La crise des subprimes aux Amériques gagne le monde entier et plombe la pierre lucrative. En 2009, le repreneur conteste la dot de la mariée. Ce rachat, avec tous les projets qui ont capoté, tous ces profits réduits à zéro, c’est un manque à gagner à pleurer pour le racheteur. Brémond lance ses avocats sur le coup et, après un premier jugement, gagne 600 000 euros en appel. Bon perdant, Bernard Tétiot raque la somme mais, mauvais perdant, il porte l’affaire en cassation. La cour de cass a finalement inversé le jugement le 6 octobre 2015, condamnant Brémond à rembourser les 600 000 euros. Mais là, Brémond, pas cracheur pour deux sous, n’a pas du tout envie de cracher au bassinet. L’insolvabilité a été promptement organisée pour éviter d’avoir à payer son dû. Brémond, désormais père & fils, a rapidement organisé une liquidation judiciaire simplifiée de la filiale fautive, Prodim, pour ne rien avoir à payer à Bernard Tétiot qui se voit contraint de demander la nomination d’un expert pour contrôler les comptes de liquidation. Il espère qu’on repérera comment les 600 000 euros qu’il a réglés se sont si vite évaporés. Réponses à la rentrée. Tétiot a missionné en mars dernier deux agences de communication pour faire savoir qu’il s’est fait avoir, et rappeler que le mauvais joueur, c’est l’autre Bernard, responsable « des pratiques douteuses qui scandalisent Bernard Tétiot ». Un peu plus, ils s’enverraient des assiettes foncières à la figure.

* « Le siège s’assoit sur le permis », Lulu n°61, novembre 2008.

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