La lettre à Lulu
Lulu 100

Une histoire de marchands de sable

Let’s go’hard !


Une forêt d’immeubles cachée derrière des poireaux.


Une histoire de marchands de sable
C’est une histoire de marchands de sable en trois époques. Légumeurs, bétonneurs, experts en berceuses. Annexée à l’ogre nantais en 1908, la commune de Doulon est l’ancien cœur maraîcher et cheminot. Un quartier à l’est, jusqu’ici populaire et discret. Mais sa prolo-ruralité jure un peu pour Nantes métropole draguant les CSP+. La Zac des Gohards doit y remédier.

Du béton coulé à flow

Métropoli pour être honnête ? Les technocrates cuisinent un gâteau nantais à la sauce doulonnaise, mix entre financier et profiterole, cuisson réglée sur 2020/2030. Le projet Doulon-Gohards doit bâtir 2 700 logements et des infrastructures publiques, noyant sous le béton une bonne cinquantaine d’hectares agricoles de la dernière grande zone cultivable intrapériph’. Aménageurs et promoteurs font main basse sur ce patrimoine maraîcher, préempté de longue date par la Ville de Nantes, à intégrer au délire attractivo-métropolo-compétitif. Une aubaine pour le BTP et ses marchands de sable. Tant pis si la surexploitation du béton, deuxième ressource la plus consommée au monde après l’eau, fait des dégâts environnementaux et sociaux désastreux. Si l’argent coule à flot, le béton suit le flow.

Projet agricole béton

Pour ne pas ternir la réputation de smart-green city, il faut planquer le béton derrière de la verdure. Réaménager des dizaines d’hectares d’espaces naturels non constructibles (bords de ruisseau notamment) remet de l’ordre dans une nature sauvage contrariant la sainte valeur ajoutée. Les beaux chemins vélo prévus pour ouvrir le quartier sur la Loire ne sont pas pour les habitants des nombreuses caravanes qui s’y sont glissés de longue date.

Pour contrer les rabat-joie, on préserve 6,8  ha de terres très sablonnées pour les « alléger », héritage des marchands de sable de l’époque. On y fera quatre microfermes urbaines aux missions édifiantes : « expérimentale orientée vers la recherche et la formation » ; « vitrine du terroir nantais » ; « projet d’insertion horticole et agricole » ; « pépinière de talents ». Les besoins en alimentation de proximité ? Escamotés. L’objectif affiché, c’est l’effet vitrine, une pincée d’innovation, un zeste d’insertion, le reste pour pacifier le paysage. Une première concertation en 2013. Pas si facile de faire dégrincer les voisins, si peu séduits par le béton et la promotion immobilière.

Les appels d’offres alléchants ont rameuté des alliés de terrain nourris de miettes vertes : l’asso d’écologie urbaine Ecos s’implante pour un déminage officiellement dénommé « concertation-diagnostic » et la Ciap (Coopération d’installation en agriculture paysanne, créé fin 2014 par la Conf’ paysanne  44) aide aux installations agricoles, avec une vision bien fade et éloignée de la réalité agricole actuelle, pour des projets arrosés de 850 000 euros de subventions.


Une concertation déconcertante

Pour faire avaler aux badauds peu citadinisés la nécessité vitale du projet, la concertation s’est dite « innovante », même si elle est légalement obligatoire. Dans la compète intervilles, l’art de calmer les taureaux est toujours un moment clé... Grandement pensée en amont par des experts, la coconstruction citoyenno-démocrato-participative se l’est jouée grand show, menée par Scopic, agence de com’ « missionnée pour piloter et animer la concertation préalable », pour qui c’est un marché, une technique, et même une « véritable ingénierie » au service de ses « clients », collectivités et promoteurs privés qui paient et profitent de sa prestation.  

Mission passe-pilule

Missionnés en acceptabilité sociale, ces communicants habillent ça de mots : « définir des attentes citoyennes », « maîtrise d’usage », « approche design thinking » (comprendre « posture d’ouverture entre l’agence et son client »). Gildas Maquaire, le marchand de sable chargé d’endormir la populace est créateur de Scopic, et ancien de Pick Up Production (qui gère notamment le plan graff de Nantes). Compagnon de route de la mairie PS, il a fait son job : offrir le droit de rêver à celles et ceux qui veulent bien collaborer à une concertation orchestrée en jeux d’enfants, supposée « sympa à vivre ». Comme l’a dit Gildas himself, pas question « de se prendre trop la tête après une journée de boulot déjà fatigante ». Manquerait plus qu’on cherche à gamberger quand on nous endort. Les experts patentés se sont déjà pris la tête pour nous, concoctant quatre ateliers, c’est bien suffisant pour donner la démocratie d’une « concertation réussie, gage de l’appropriation du projet par les habitants-usagers ». La phase actuelle fait mumuse avec le passé local en mobilisant écoles, archivistes municipaux,  archéologues, cornaqués par les inévitables concertateurs agréés. Comme à la télé pour Bonne nuit les petits, les marchands de sable passent, sur leur nuages en faux coton suspendus par des ficelles qu’on suppose transparentes.

Jacques Ségrégala


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