La lettre à Lulu
Lulu 61 - novembre 2008

Vas-y Polo !

Faut pas Decauxner


La ville de Guérande a perdu un marché, mais s'est fait rehausser la marche.


La fille des sucettes s'est mariée avec le gendre de son papa. C'est comme ça, chez les rupins. Résumons : à Guérande, au Britanny polo club qui lui appartient, Jean-François Decaux, a marié sa fille aînée en septembre. Jeff, c'est l'un des deux fistons de Jean-Claude Decaux, le magnat de la sucette, des panneaux de pub et de l'abribus. Aujourd'hui, allez, on se dit tout, les frères Jean-François et Jean-Charles sont à la tête de la holding fondée par papounet, numéro un mondial du mobilier urbain. Huitième fortune de France en 2007. Des minables. Même pas une marche de podium.
Les petites mains qui ont œuvré à la féerie des rupins ont entendu parler d'un budget de sept millions d'euros. D'autres de cinq millions, mais avec des dépassements. Pas sûr qu'on dépense autant pour le divorce. Pour loger les 550 invités, tout le palace de l'Hermitage a été loué pour deux jours, plus un hôtel à Guérande. Dix-huit semi-remorques de déco, mobilier et fanfreluches, dont deux camions rien que pour les fleurs et arbustes, venus spécialement de Belgique ; une demi-douzaine de taxis londoniens dont un tout en blanc pour la mariée ; 2 700 m2 de barnum flambant neuf pour le raout avec canapés design, moquette en lin tressé haut de gamme. Sans oublier les écrans géants et une équipe de caméramen filmant la noce, pour que les invités puissent se contempler en temps réel. Le comble du narcissisme pour happy few.
Ces rupins-là ont leur caprices. Le panneau d'un pépiniériste fait tache face à l'entrée des convives sur le terrain du pince-fesses : on le fait démonter pour le week-end. La marche de l'autel de la collégiale de Guérande paraît trop basse à la mariée : qu'à cela ne tienne, on la fait rehausser illico. Vigiles, maîtres-chiens, rien de manque à ces plaisirs bien gardés. Une équipe de gros bras a même sécurisé les abords marécageux pour empêcher l'envahissement par les paparazzis qui ont d'ailleurs dédaigné la noce. Vexants, ces photographes.

Tant qu'à faire, la noce a exigé et obtenu du maire de Guérande qu'il supprime le marché du jour devant l'église. Sous prétexte que les balayeurs municipaux risquaient de manquer de temps pour nettoyer avant l'arrivée du gratin. Pensez ! Une feuille de chou qui traîne, un radis par terre, ça vous gâche une cérémonie en un rien de temps. Et tant qu'à mobiliser les moyens publics, la police municipale a été réquisitionnée pour filtrer les invités. Voilà les municipaux privatisés. On aurait pu leur filer un abribus pour mettre dans leur salon. Ces rupins sont d'un radin.
Stéphane Bernique

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