La lettre à Lulu
Lulu 55 décembre 2006

Vasodilatateur. Le coup des vases


Difficile de remettre en eau les étiers de l'estuaire et de recreuser en même temps le chenal. Mais on peut faire comme si.


Vasodilatateur. Le coup des vases
Les bureaux d'étude font dans le vasouillard. Entre Bouguenais et le Pellerin, les étiers donnant sur la rive sud de la Loire sont envasés. Nantes-Métropole confie à deux bureaux d'études, spécialisés en environnement et en hydrologie, une étude pour remettre éventuellement ces étiers en eau. On consulte les riverains, les randonneurs, les paysans concernés pour leurs prairies inondables. On parle surtout de diagnostic, pas vraiment de passage à l'acte. Tout ça dans le cadre du programme Neptune de restauration des milieux humides de l'agglo.

Analysant un par un la dizaine de petits cours d'eau, l'étude préalable est prévue sur deux ans, pour un budget de 145 000 euro. «Ça fait bien de prendre en compte l'environnement durable, mais en fait c'est totalement incompatible avec la priorité donnée au creusement du chenal du port autonome», dit un paysan, très sceptique sur la faisabilité de tels travaux. Un «programme de restauration et de gestion des cours d'eau et étiers» est pourtant prévu sur les cinq ans à venir. Le hic, c'est que, simultanément, le port à mené une enquête d'utilité publique sur le dragage du chenal de navigation. Et où sont dégagées les vases raclées au fond de la Loire ? En mer mais aussi sur les côtés, rebouchant donc les étiers qu'on prétend recreuser. En termes techniques, ça s'appelle «l'immersion des produits dragués dans l'estuaire». Le comble c'est que le même bureau d'étude DHI sert aussi à diagnostiquer l'état des lieux de l'estuaire, notamment pour le port, l'agence de l'eau Loire-Bretagne, l'État, la Communauté européenne*.

« C'est vrai, le choix a été fait il y a vingt ans de privilégier le chenal de navigation de la Loire. Le port autonome n'est remis en cause par personne. Et les programmes imaginés sont plutôt cosmétiques. Ça sert plus à masquer la misère qu'à guérir», note Antoine Labrosse, ingénieur au bureau d'étude DHI, chargé d'évaluer les enjeux d'hydrologie. La vase à déplacer, ça reste une idée à creuser.
Lisette Trouat

* Modélisation prospective de la Loire estuarienne, novembre 2000

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