La lettre à Lulu
Lulu 55 décembre 2006

Vessies-lanternes. Du passé fait table rase


Mais où qu'est passé l'prolo ? Le château rouvre, la mémoire ouvrière endormie à poings fermés.


Vessies-lanternes. Du passé fait table rase
Chargé de raconter l'histoire collective de la ville de Nantes, le château des ducs de Bretagne ouvre en ce début d'an de grâce 2007. Hormis une affiche de la CFDT des années 80 bataillant contre la fermeture des chantiers Dubigeon, le mouvement ouvrier a bien l'air d'être passé dans les oubliettes du château. Depuis quinze ans, les stratégies d'image ont trié le passé nantais, écartant soigneusement la mémoire ouvrière pour préférer quelques bobards. Comme le berceau de la tolérance octroyé solennellement à Nantes pour avoir vu signer L'Édit de Nantes. Contre-sens historique dans une ville très intolérante, où les Ligueurs ultra cathos étaient au contraire majoritaires, dans le genre fanatiques religieux radicaux pas rigolos. La communication s'est aussi appliquée à construire l'idée d'un Nantes berceau du surréalisme, même si cette révélation a l'air d'une écriture après coup, personne ne s’étant vécu ou déclaré surréaliste dans la bonne ville de Nantes.

L'historien Alain Croix note que quelques éléments marquants du passé ouvrier nantais ont été soigneusement passés à la trappe. D'abord la création des bourses du travail à Saint-Nazaire en 1892, et à Nantes l'année suivante, ce qu'aucune balade de l'office de tourisme ne salue. L'idée de grève générale, doctrine de base du syndicalisme de début du XXe, a été lancée par le courant anarcho-syndicaliste de Fernand Pelloutier. L'idée du Front populaire a été évoqué pour la première fois ici : le 24 octobre 1934, la veille du congrès du Parti radical, Thorez est à Nantes. Il tient meeting au Tourbillon, boulevard Dalby, et y lance pour la première fois l'idée d'une union des gauches pour résister à la montée du fascisme. L'Internationale est aussi chantée en public pour la première fois à Nantes en 1894. « Ces faits n'ont pas de gestation nantaise, mais sans la forte activité ouvrière, ils n'auraient pas émergé ici », souligne l'historien. À l'inverse de l'Édit de Nantes imposé à la ville contre ses Ligueurs. Mais le souvenir des prolos à manifs ne faisant pas, paraît-il, rêver les touristes, on les balaye soigneusement de la mémoire. C'est du passé. L'ouvrier est loin. Comme un petit poing sur l'horizon.

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