La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Vingt dieux de vingt dieux


Incroyable ce qui se passe au pays des croyances.


Vade rétro
Jugé coupable de 60 à 80 viols sur une étudiante sous son emprise, le pasteur a pris dix ans ferme, 18 300 € de dommages et intérêts, et interdiction de pasteuriser à l’avenir. Quand les fervents parents de la victime ont compris le manège, ils ont voulu porter plainte. Lui a tenté la dissuasion à coup de textos : « Ne permets pas à Satan de détruire notre lien en Christ. Tu es en colère, tu sais que la colère ne fait pas la volonté du Seigneur » (Ouest-France, 30/10). L’œuvre du diable a été accomplie par les magistrats. Qu’on espère voir plus souvent au Hellfest.

Prêtres ben qu’non
« Les gais curés intégristes, c’est comme les pédophiles. Y’en a des bien, y’en a des bien », chante Didier Super en 2004. Au risque de confondre les bien avec les pas bien. Après la conférence des évêques promettant la tolérance zéro sur la pédophilie, la confusion persiste : « Des prêtres se font insulter dans la rue », déplore Ouest-France (04/10). Un hommage sans doute à Benjamin Péret, poète bouffeur de ratichon, réputé pour son sens de l’invective aux curetons de ras de trottoir. Un art de vivre guilleret, immortalisé par une photo publiée par La Revue surréaliste en 1927, légendée « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre ». Suggérons une mesure de prophylaxie contre ce harcèlement de rue : que les curés soit interdits de descendre dans la rue. Ou alors les poètes.

Pose comprise
Communiqué de l’évéché du 27 novembre. L’évêque dit que le prêtre a « posé des gestes gravement inappropriés ». La justice ouvre une instruction pour « agression sexuelle », c’est mieux posé. Ado de 14 ans, la victime a été agressée au domicile des parents. Les enfants devraient être interdits chez leurs parents.

Vingt dieux de vingt dieux
Déménagement diabolique
Jésus déménage. Pendant la rénovation de la salle municipale de Sainte-Pazanne, il passe provisoirement dans l’église du patelin. Ce Christ est un imposteur, un comédien amateur du spectacle Le Christ Roi, 86e saison. Pendant le chantier de la salle communale, le show rapplique avec effets spéciaux, soit l’« apparition et disparition du diable dans une gerbe de feu » (Ouest-France, 24/10). On cherche un pompier exorciste, au cas où.

Prière de pas tamponner
La traditionnelle fête foraine de Béré a innové. Alléluia. La messe a été célébrée au milieu de la piste des auto-tamponneuses (L’éclaireur de Châteaubriant, 09/09). Sous les néons clignotants, l’assemblée a suivi l’office sur de vrais sièges à cul, à quatre pieds, mais quelques fidèles ont prié assis dans les auto-tamponneuses. à l’arrêt. Petits joueurs.

L’essaim frusquin
Un retraité a dégagé la végétation envahissant le calvaire local. « Mission réussie, sans déranger l’essaim d’abeilles qui a élu domicile depuis longtemps… dans le corps du Christ ! » (L’éclaireur de Châteaubriant, 10/08). Après le coup du sang du jésus mort transformé en pinard, voilà la tripaille en putréfaction changée en miel.

Foune dingue
À Radio Fidélité, la prière qui durcit les genoux coûte plus cher que les studios de radio. Pour ses nouveaux locaux, la station catho a fait la quête auprès des auditeurs. En craoudefounedingue, faut faire moderne, mais avec un vrai site dédié à la calotte, credofunding.fr. Objectif : lever 16 000 €, un peu pour les studios, mais surtout 11 045 € pour financer un oratoire, soit de quoi meubler une pièce vide en achetant un autel, des fanfreluches et bondieuseries. La quête a foiré, n'enregistrant que 410 €, soit 2 % de promesses de dons par sept péquins. Prions pour que les oursins s’extirpent des poches des fidèles.

Remplapla
C’est la croix (et la bannière) pour trouver des profs bouche-trous (il faut prononcer « remplaçants ») niveau bac+3 dans l’enseignement catho de Loire-Inférieure. Un « manque crucial » (20 minutes, 23/10). Cette crucialisation crucifie un déficit de profs suppléants en allemand, musique, lettres, maths, physique-chimie, techno, commerce, médico-social… En tout quoi. Mais aucun appel à candidature pour la discipline prévention de la pédophilie.

Le regard éboueur
En pondant son édito dans le journal de la famille, Jeanne-Emmanuelle Hutin enfile des poncifs sur les déchets qui ne respectent pas la nature, les plastiques non recyclables, pas bien tout ça. Elle a même une solution : « La contemplation. En étant attentifs à la beauté de la nature, l’émerveillement et le respect l’emporteront sur l’avidité et l’inconscience » (Ouest-France, 03/06). Le premier qui dit que Dieu est une ordure va en enfer, un sac plastique sur l’âme.

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