La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

Vive les convives (y'a pas de contrepèterie)

Monopoly


Musée, château, manège, un soir, rien que pour soi et son écosystème de collaborateurs et de coachs. Tentant.


Avec la réouverture du musée d'arts (ex beaux), l’équipement municipal devient salle des fêtes pour happy fews. Les extensions de terrasses mangeant inexorablement l’espace des places ou les coins de rue concédés à des marques de soda* ou de cosmétiques nous ont habitué à la privatisation de l’espace public au plus offrant. Voilà maintenant les biens publics et bâtiments culturels municipaux loués pour de l’événementiel d’entreprise : une convention force de vente en team bulding catalyseur d’énergies, peut être un séminaire remotivation (faut dire incentive sinon ça fait naze) ou juste un pince-fesses proactif de coworking avec teamwork creativity connecté. 

Il y a tout un marché de séminaires, inaugurations, anniversaires, lancements de produits, incentive, team building, événements, labouré par des sociétés d’évenementiel. L’agence de développement de Nantes métropole, qui se la pète avec un slogan « Bienvenue sur la terre des audacieux », a ouvert un catalogue proposant de mettre 200 pékins assis, ou 300 debout dans le hall du Musée des (beaux) arts. La jauge dégringole sans doute si on compte en « vautrés », mais ça n'a pas l’air prévu. La chapelle de l’Oratoire est prévue à 200 convives. Au carrousel des mondes marins, compter un max d’une centaine pour un dîner cocktailatoire, ou cocktail dînatoire option bizness défiscalisé, avec tour de manège offert, quand même. Mais il y a mieux, au hangar à bananes : les 1 300 m² de la Hab galerie peuvent accueillir 1 800 convives. Penser à louer des vigiles polis mais fermes pour prévenir les gens pris par un éthylisme mondain, et qui croient s’accouder sur un extincteur sans voir que c’est une installation d’art contemporain. Dans la cour du château des trouducs de Bretagne, on peut caser 2 000 convives, c’est moins risqué – sauf s’il pleut. Nantes métropole a aussi mené une étude pour  privatiser des placards mais le premier prospect est déjà réservé au futur congrès du PS 44.

* Coca fait le trottoir, Lulu n°90-91, décembre 2015.

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