La lettre à Lulu
Lulu 104

Wanted, dead ou re-dead


Georges Courtois en prend pour cinq ans post mortem.


Non, la justice ne s’est pas vengée sur un homme déjà mort. En refusant l’incinération de Georges Courtois, le parquet de Quimper ne prend pas à titre posthume sa revanche sur un malandrin honni pour avoir humilié l’image de la justice aux marches du palais, il y a trente-quatre ans, en s’affichant armé et menotté avec un magistrat. Non. Si le corps de Georges est interdit d’incinération pendant cinq ans par les juges exerçant une rarissime mesure anticendres, c’est à coup sûr pour sauvegarder les intérêts de l’ancien brigand de moyen chemin : imaginez, si jamais on devait découvrir que Georges Courtois est en fait un des frères cachés de Johnny Hallyday, un cousin d’Yves Montand ou un descendant de Toutankhamon, allez savoir. Georges aurait sûrement préféré Nanard, alias Bernard Tapie pour l’état civil, mais bon on ne peut pas trafiquer son ADN post mortem.

Interdire à quelqu’un de se changer en poussière, sans la moindre raison, apparaît comme un étrange acharnement. Mais n’y voyez pas l’arbitraire justicier infligé à un ancien client qui, toute sa vie, aurait un peu malmené les magistrats. Tout ça, c’est pour son bien, lui qui n’en avait pas, de biens. Le parquet a pourtant admis après autopsie que l’ancien gangster, habitué du placard, un temps chroniqueur de La Lettre à Lulu, toujours moustachu, toujours gouailleur, est bien mort de mort naturelle le 15 mars, avant d’être bouffé vite feu par l’incendie de son petit appart de Quimperlé. Ironie du sort, il est prohibé de crémation, alors que le boulot était déjà bien commencé par l’incendie...

Georges se serait bien vu redonner la poudre, dispersé sur les marches du palais de justice, ex-cour d’assises désormais hôtel quatre étoiles. Mais non, le voilà voué aux racines de pissenlit pour cinq piges ferme. Sûr que ça lui donne le temps de fumer un méchant paquet de Gitanes en préparant une belle lettre pas piquée des vers aux magistrats restés sur le plancher des morts aux vaches.

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