La lettre à Lulu
Lulu 100

Yellopark, mausolée des reniements socialos

Stade à Pandore


Gauche droite plébiscitent un méga-projet urbain livré à l’appétit de fonds privés. Y’aurait pas anguille sous béton ?


Yellopark, mausolée des reniements socialos
En dépit des efforts de ses promoteurs pour cantonner les débats autour du foot, le projet Yellopark enfouit l’intérêt public sous le béton et l’évasion fiscale. Le coût de la future enceinte de foot est annoncé à 200  millions de patates, à la rentabilité incertaine pour ses financeurs. Le projet global, évalué à au moins un milliard, constitue un en-cas autrement plus juteux : logements, bureaux, clinique, hôtel, etc. Lulu l’a déjà noté, pas un hasard si, pour la première fois de son histoire, Nantes confie à des spéculateurs l’édification d’un quartier entier. À la différence des autres grandes agglos, la métropole recourt habituellement à la procédure de Zac, Zone d’aménagement concerté, qui garde la maîtrise des opérations d’envergure et assure un contrôle complet sur les programmes immobiliers, et leur prix de vente. Annoncée d’ailleurs pour le futur aménagement du bas Chantenay, cette procédure n’est pas retenue à La Beaujoire. C’est d’autant plus incohérent que la collectivité est propriétaire du stade et des terrains alentour. Interrogée par Ouest-France apparemment inspiré par Lulu, Nantes métropole se justifie en prétendant qu’une Zac pour un stade privé « pouvait donner lieu à des recours » (OF, 21/02). Loufoque : le dossier sans Zac ne prémunit évidemment pas contre des recours. Opération publique, une Zac peut voir sa réalisation confiée à un privé. Seul impératif posé : la vente des terrains et les opérations de construction qui l’accompagnent doivent permettre de financer l’aménagement de la zone et non viser le maximum de profits, nuance de taille. Hormis donc les intérêts sonnants et trébuchants des bonimenteurs Joubert et Kita, tout milite pour une Zac.

Densification à l’envers

En temps normal, la géographie du lieu commande l’urbanisme. Avec Yellopark, le principe est chamboulé, comme d’ailleurs les agents de Nantes métropole, au bord de l’apoplexie. Implanter à La Beaujoire, à l’extérieur du périph’, une deuxième tour Bretagne, culminant à 120 m, fallait y penser. Et autour, d’autres plots d’immeubles de 50 à 60 m de haut, soit ce qui se fait de plus élevé actuellement dans le centre de Nantes. 2 000 logements concentrés sur une dizaine d’hectares, une fois déduits des 23 ha d’emprise foncière globale les surfaces consacrées au stade lui-même, à une école, un hôtel, une maison de retraite, 50 000 m² de bureaux, un « complexe sport santé bien-être », la voirie, un parking. « On a besoin de créer de la verticalité pour trouver de la densité et préserver des espaces paysagers de qualité », argumente sans rire le promoteur Yoann Joubert associé au polono-suisso-franco-luxembourgeois Waldemar Kita (20  minutes, 23/02). Le message séduira les riverains. Comparons : l’ancienne caserne Mellinet, transformée en Zac, doit accueillir 1 700 logements sur 13,5 ha à proximité du centre-ville. Devant l’évidence, les architectes du Yellomachin ont du reconnaître une densité de 189 logements/ha à la Beaujoire, contre 155 à Mellinet (OF du 13 mars). En fait, avec plus de 200 000 m2 de plancher programmés au total, le trop-plein doit avoisiner les 200  logements/ha. Plus on s’éloigne du centre, plus on bétonne en large et en hauteur.  

Grosses affaires entre amis

Alors que les élus célèbrent la compétition intervilles et le marketing territorial, le dossier Yellopark est seul en lice. Bizarre. « Pourrait-on imaginer une offre alternative ? », interroge le 20 mars dernier un pro de l’immobilier, pas du tout candide, lors de l’atelier consacré au coût et au financement du stade. Silence de cathédrale. L’affaire sent le petit arrangement d’autant que la « vente de gré à gré » du stade actuel et des terrains, biens communs, repose sur l’estimation au doigt mouillé de l’administration des Domaines. Là encore, les Dupondt promoteurs font dans le prêt-à-parler via leur site oueb en se demandant ingénument à eux-mêmes : « Sur le plan politique et moral, était-il envisageable de mettre le FC Nantes en concurrence pour la réalisation de son propre équipement ? Évidemment non ! » On a bien lu, il est question de moralité. Nantes métropole a pourtant régulièrement recours aux appels à projets. Quitte à privilégier « une initiative 100 % privée », comme le clament le duo Kita/Joubert et ses alliés pour mieux faire passer la pilule. Et puisque le FCN sera quoi qu’il arrive locataire des lieux, pourquoi ne pas faire jouer l’émulation entre différents protagonistes ? Voilà que la réformiste Johanna Rolland renie l’économie de marché et la concurrence libre et non faussée.  

Le ciné du sine qua non

Pour tenter de couper court aux critiques, la bourgmestre se targue d’avoir imposé ses conditions, supposées drastiques. À faire frémir d’envie tout biznessman potentiel.
  1. Pas d’argent public versé directement (sauf pour l’école) : ca sauve les apparences. En contrepartie non dite, la gestion durable de mal-être d’une population enfermée dans un tsunami de béton périurbain. Une forme originale de partenariat public-privé.
  2. Un musée à créer où exposer les breloques du club et le défunt jeu à la nantaise.
  3. Pas de galerie commerciale : ça tombe bien, l’agglo est déjà en tête de gondole des classements nationaux pour la densité des magasins, surtout en périphérie.
  4. La garantie de conserver le même nombre de places populaires et leurs tarifs dans une enceinte portée à 40 000 places (+10 %). Mais Kita a déjà annoncé une hausse du billet de 10 %.
  5. De la verdure, comme l’imposent déjà les règles d’urbanisme, et 25 % de logements sociaux, comme le stipule le plan local de l’habitat. Et également 15 % de « logements abordables » en accession à la propriété. Dans la Zac Mellinet, ce taux s’élève à 35 %...
  6. Un débat sur un projet dont il ne s’agit pas de discuter de la pertinence, comme l’a déclaré d’emblée Johanna Rolland, droite dans ses escarpins.

Petits joueurs

Rénover La Beaujoire ? vous n’y pensez pas ! Aujourd’hui, les Canaris et leurs visiteurs y risquent à tout instant l’électrocution, voire pire, la douche froide, selon la présentation quasi apocalyptique faite le 20 mars par Franck Kita, fils de son père. À l’entendre, l’UEFA est carrément irresponsable en agréant un stade aussi dangereux et obsolète. Convoqué ce soir-là, étalant moult graphiques et chiffres, un consultant de Lagardère sports évoque « différents facteurs » expliquant la désaffection du public et la baisse continue des recettes de billetterie du FCN. Un pluriel de facteurs résumé à un seul : « un stade vieillissant ». Les résultats en dents de scie, voire médiocres de l’équipe, son jeu ennuyeux à mourir ? Pas du tout ! À se demander comment font tous les autres gueux en crampons d’Europe, de Naples à Barcelone, qui évoluent dans des enceintes préhistoriques ? En Angleterre, une des inspirations du duo Kita/Joubert, les équipes de Newcastle et Aston Villa tapent la balle dans des vétustés datant respectivement de 1880 et 1897, plusieurs fois remaniées. Un lifting de La Beaujoire, inaugurée en 1984, ne coûterait que quelques dizaines de millions, selon son architecte Berdje Agopyan. Il assure que sa conception permet sans problème d’y multiplier les loges VIP, les fameuses « hospitalities » vantées par Franck Kita et louées à prix d’or aux entreprises pour leur prestige. Pas de problème non plus, ajoute Agopyan, pour installer un toit rétractable, dernière trouvaille sortie du chapeau des Dupondt. Côté financement, rien n’empêche la métropole de lancer un appel à projets : quitte à brader le patrimoine nantais, autant céder le stade à un candidat prêt à réaliser ces travaux. Ce qui laisserait du temps à la collectivité pour réfléchir avec la population au volet urbain, à l’avenir d’un quartier jusque-là aménagé à la petite semaine, au fil des opérations de construction.

Fiscalité lointaine

Les paradis fiscaux, « ce n'est vraiment pas mon truc, faites-moi confiance », claironnait Pascal Bolo au conseil municipal de Nantes le 29 janvier 2010. Depuis, le premier adjoint aux finances a lâché le clairon. Il a fait du Yellopark sa grande cause : supporter zélé du club dans les tribunes comme dans les affaires au point d’en jouer le facilitateur, il est de toutes les réunions sur le sujet et ne tarit pas d’éloges sur Waldemar Kita, personnage un peu évasif fiscalement, comme on le sait depuis le scandale des Panama papers. Pas un mot en revanche sur la holding de l’entrepreneur d’où sortira l’argent pour le projet : Flava groupe est basée à Bruxelles et le plat pays figure pourtant en bonne place dans le classement international des paradis fiscaux. La structure a permis des tours de passe-passe financiers pour cacher à la DNCG, le gendarme du foot français, des déficits du club et permettre à son propriétaire d’échapper à de nombreux impôts et taxes*. Mais tous les tacticiens du foot le disent : l’impôt, c’est pas ça qui permet de s’imposer sur le terrain.

Loïc Amasse

 

* « Waldemar Kita, sa holding belge et l’argent du FC Nantes », Médiacités, 22 mars 2018.      


L’acté et le concerté

Diplômée de Sciences po, titulaire d’un master en « développement local de la ville », Johanna Rolland connaît toutes les finasseries de l’acceptabilité, talent rodé auprès de la municipalité du Creusot, son premier employeur. Passée pro de la politique, elle coconcerte à qui mieux-mieux. La mise en scène prétend donner la parole au populo, lâchant quelques concessions symboliques pour leur laisser l’illusion d’avoir influé sur un projet déjà bien arrêté, ficelé, décidé en amont. Les « Ateliers » à tout va garantissent et gargarisent sa version de la « démocratie participative ». Le réel reprend vite le dessus : « J’ai décidé... Je donne le top départ. On ne met pas au débat le fait qu’il y aura un nouveau stade , c’est acté », assène-t-elle le 19 septembre lors de la présentation de Yellopark. Les écolocolistiers regardent ce grand écart entre décisions et procédures avec un esprit critique aussi épais qu’un tapis de sol pour séances de pilates : rester souple est le gage pour se maintenir en majorité plurielle. Si Johanna Rolland rappelle à tout vent ses valeurs socialistes, elle oublie pourtant le référendum communal promu par le PS dès les années 1990. Mais pour le stade, équipement métropolitain, pas question de référendumer.    

Lu 1206 fois














La Lettre à Lulu : Une tranche de la vie secrète des cadres nantais observée, mise en BD et offerte par @rayclid à Lulu.… https://t.co/HgMd4RWqvI
Jeudi 20 Septembre - 00:18
La Lettre à Lulu : RT @MarionEhno: Évacuation des défenseurs de la forêt de #Hambach contre l'extension d'un projet minier. Un mort. En France comme en Allema…
Mercredi 19 Septembre - 23:41
La Lettre à Lulu : RT @rayclid: #MondayMotivation https://t.co/AuoQE879wr
Lundi 17 Septembre - 11:19
La Lettre à Lulu : RT @Bloom_FR: Article CRUCIAL de @Reporterre sur lien entre #EvasionFiscale & destruct° de la nature. 70% des navires de pêche illégaux son…
Vendredi 14 Septembre - 11:03
La Lettre à Lulu : RT @AlterNantesFM: @AlterNantesFM lance une campagne de crowdfunding sur @ululeFR pour l'achat d'un serveur de diffusion performant et d'un…
Vendredi 14 Septembre - 10:59