La lettre à Lulu
Lulu 94-95 - décembre 2016

Zyva chez Iadvize

​Numérique sa mère


De notre envoyée spéciale dans la siliconne valley nantaise.


Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils sentaient bon la capsule Nespresso. Normal, c’est près de la machine à café qu’on vous invite à « chiller » lors de la visite organisée par le service com de Iadvize.com*. Le cadre : la semaine nantaise du numérique (prononcer Digital week). 

Une jeune blonde nous accueille comme si on était déjà potes, près du baby foot, en servant viennoiseries et minauderies. Sous couvert de faire découvrir une start-up qui se la joue siliconne valley, la miss, sûre de son open-mindedness et de sa modernité, lâche : « N’hésitez pas à partager votre visite sur les réseaux sociaux ». Ok, pourquoi pas ? Mais, à bien y réfléchir, pourquoi ?

Une bonne cinquantaine de quidams comme moi, curieux en recherche d’emploi, étaient venus baver d’envie dans les beaux locaux de cette société idéale, montée en 2010 par deux amis, et qui, six ans après une ascension fulgurante, emploie 195 veinards à Nantes, Londres, Madrid, Tel Aviv...
Iadvize.com propose de « remettre de l’humain »** dans le commerce international : tu parles, Charles ! Rebaptisé « plate-forme de commerce conversationnel », ce call center qui ne dit pas son nom recrute des rescapés du programme #AuSecoursOnRêve. Sa clientèle ? De grands ou petits comptes online à qui est vendue de la « valeur ajoutée » par le biais d’experts intervenant en tchat. Leur mission est tout bonnement de pousser à l’achat les clients de ces clients. Ces experts, bloggeurs, no life, acheteurs compulsifs, cons-ommateurs se rêvant consommaCteurs, intègrent un réseau baptisé ibbu.com, où les émoluments de leurs bons et loyaux services seront... des bons d’achat : trop fort le plan ! 

Pour faire la promo pas chère de cette idée génialement machiavélique, il faut des gens qui en parleront autour d’eux (avant, ça s’appelait du bouche-à-oreille. Depuis Facebook, on dit marketing viral). Pour achever de vous convaincre, deux employés maison font un show à l’américaine sur comment ils ont été embauchés : ici, une ex-recrue de l’armée qui a fait ses classes au Liban, là un ex-élève ingénieur qui a suivi son amoureuse à Nantes, sortez les violons et veuillez rire aux blagues à l’humour Canal+. On se croirait dans une scène du Loup de Wall Street sauf que Di Caprio est en arrêt maladie.

On termine la visite par un tour des bureaux. On apprend qu’un barbier top fashion vient exercer in situ, qu’on y prodigue des cours d’anglais à souhait. Bizarre, le taux de métissage de la population active n’est pas représentatif de celui de la vraie vie, dehors (erreur de casting, faute de goût ?). Avant de se quitter, on aura signé une autorisation de faire publier sa photo sur Twitter, photo de groupe prise « all smiles » sur le « roof top » avec vue sur Loire, yeah ! En sortant de l’advize, on a retrouvé la vie. Dehors.
Aya Gouaïch
 
* « Geotrouvetraque attaque », Lulu n°82-83, décembre 2013.
** Plus précisément de l’« e-relation client instantanée, associée à un moteur de ciblage comportemental ».

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