Nunuchipales

Qui abus boira ?

Trafic de cadavres à Saint-Sébastien


Des cadavres disparaissent. Des cadavres de bouteilles de pinard. Quand les voitures des happy few, maire de Saint-Sébastien et son entourage, roulent dans toute la France, biberonnant de la gazole à tout va. Soupçonnant des abus, la justice a ouvert une enquête préliminaire.
   
Même avec les affaires qui roulent, il y a à boire et à manger. Et là, Joël Guerriau, le sénateur-maire de Saint-Sébastien-sur-Loire a l'air un peu stressé. Quand il reçoit Lulu, la voix pas très assurée, le bras qui tremble un peu sur l'accoudoir du fauteuil, il lit mot à mot le rapport qu'il a fait rédiger par ses services. Il y tient, il veut tout justifier, mais en fait là, non, il ne peut pas vraiment. Question de temps, selon lui. Il a bien tenté de reculer le rendez-vous. Les élections, ça occupe. 


Six jours après la première demande de Lulu, il lâche qu'il n'a « pas voulu mettre la pression sur ses services », d'autant qu'il a même du les forcer à bafouer la loi : en cette période d'avant isoloir, les agents de l'administration sont tenus à une obligation de réserve et à « ne s'occuper que d'organiser les élections, point barre ». Ils ont quand même du plonger dans les factures et rédiger une note de huit pages.

Des litres et des litres
Sur le papier, il y en a pour 561 litres d'alcool, si Lulu a bien décompté les seules factures transmises au procureur en décembre dernier. Le parquet a d'ailleurs ouvert une enquête préliminaire, confiée à la police judiciaire. À quelle date a été lancée cette enquête ? Le procureur adjoint Gérard Egron-Reverseau reste laconique : « Je ne peux pas en dire plus pour le moment ». La PJ va donc se pencher sur des litres d'alcool et de carburant, des factures, des péages, cherchant si jamais, comme ça, des fois, on ne sait jamais, il n'y aurait pas, un peu, par hasard, un brin de détournement de fonds publics. Ce qui ne veut pas forcément dire qu'il y aura poursuite au bout. Juste que la justice prend la chose au sérieux.
Mais attention. Il est hors de question de mettre en question la question de la consommation d'alcool en milieu municipal. La consommation est un des piliers de l'économie française, et nous nous en voudrions d'avoir coincé les ressors du redressement productif, même titubant.

 

Contribuables buveurs d'eau
Insensible, buvant de l'eau, l'association des contribuables de Saint-Sébastien-sur-Loire n'a écouté que son devoir de tempérance des deniers publics pour épingler quelques menus achats municipaux. Pour ne pas encourager cette dénonciation, nous ne citerons que l'essentiel : entre décembre 2010 et mai 2013, le seul cabinet du maire a commandé pour 9 111,89 euros d'alcool. Soit 59 bouteilles de champagne (dont une d'Alfred Gratien paradis rosé à 75 euros pièce), 505 bouteilles de vins fins, Médoc, Bourgogne et, moins classe, 55 magnums de Champigny. Cet inventaire du flux alcoolique relève aussi huit boutanches de whisky, sept de vodka, 19 de pastis, du porto, du crémant, du rhum. Mais pas une goutte de local, ni muscadet ni gros plant. Les habitués des vins d'honneur donnés par ville disent n'avoir jamais vu ni pastis ni rhum ni vodka, pas plus de champagne certainement réservé à des gens plus important que le petit peuple attrape chips. « Lors des vins d'honneur en mairie, le vin est en cubitainer », témoigne un président d'association.
 

Réveillon par hasard
L'association des happy tax payers a le vin triste, et ne croit pas au Père Noël, relevant pernicieusement l'incongruité de certains achats d'alcool : 2500 euros de champagne le 27 décembre, presque 2500 euros pour 150 bouteilles de Bourgogne et 18 de champ' un 26 décembre. Par pure perfidie, le calendrier a malicieusement placé la date du réveillon quelques jours après.
 

Le taux de gamma GT municipal
Réponses de Joël Guerriau : la date d'achat, c'est le hasard d'une « habitude » prise il ne sait pas pourquoi chaque année. Le champ' à 75 boules (et un peu plus de bulles), c'était pour un centenaire à la maison de retraite. Le reste, c'est pour les départs d'agents municipaux à la retraite (entre 10 et 20 par an), voire un agent de la police nationale, mais aussi les remises de breloques de la légion d'honneur, la visite d'un maire étranger, les encadrants d'une équipe de rugby, d'un groupe folklorique, des jumelages, les doyens des repas des vieux, les profs des collèges de la ville quand des collégiens viennent en mairie. « On n'a pas une gamme de cadeau, c'est toujours la même chose. On change juste le vin chaque année », dit le sénateur maire.
 

L'apéro du Téléthon
Ça, c'est pour le pinard. Mais le pastis, la vodka, le rhum ? « Servis plus exceptionnellement lors d'événements organisés par la ville, par exemple le temps de convivialité annuel avec les boulangers » de la commune servant la galette des rois lors de la réception des vœux, « ou lors du bar offert lors du Téléthon ». Contre les myopathies, levez le coude ! Tous bourrés ! Et pourquoi ils ne boivent pas la même chose que tout le monde, les boulangers et les téléthoneurs ? « Euh... Je ne me suis jamais posé la question », concède Guerriau.

Le vin, ça se conserve. Pourquoi scinder les achats ? Pourquoi ne pas avoir recours à un appel d'offres, acheter plus d'un seul coup, bénéficier de coûts intéressants ? « On n'y a jamais pensé, dit Guerriau. On fait marcher le commerce local »

 

À table !
En 2011, sur 12 mois, un resto, la seule Auberge de la Savarière a produit pour 13 905 euros de factures pour des repas de une à quatre personnes, imputés à des élus, des cadres municipaux et le plus souvent au directeur de cabinet. Une « invitation presse conseil municipal » et le repas des aînés le 4 avril, mais pour le reste, quel serait l'intérêt de la commune de couvrir des dépenses personnelles ? « On réserve très souvent la salle de réunion pour des déjeuners et dîners de travail, répond Guerriau en lisant son rapport. C'est un bon compromis de restaurant à prix accessible ». À 97,50 euros la note pour deux par exemple, l'accessible est confortable. Toujours 2011 : la ville a aussi réglé des séries de notes dans d'autres restos, en attestent les récapitulatifs mensuels. Question au maire : « Le recours à des comptes ouverts au Pub Jules-Verne, au Grill Courte Paille, au Palatium (à Nantes...) et autres ne comporte-t-il pas le risque de dérives de dépenses non maîtrisées, pour parler comme la chambre régionale des comptes ? » « Tous services confondus, les frais de réception ne représentent que 112 000 euros par an », répond Guerriau.
 

En voiture !
Autre lot de factures, les locations de voitures. Montebourg serait content, c'est du français. Tout Peugeot, cinq voitures en 2011 pour plus de 32 000 euros par an. En 2012, on monte en gamme avec deux 508, sur les cinq modèles loués pour plus de 40 000 euros l'an. Idem en 2013, la facture monte à 42 000 euros TTC. Guerriau met en avant le parc automobile municipal passé de 103 véhicules en 1990 à 66 aujourd'hui : « Et il n'y a plus de chauffeur depuis 1995. Je suis peut-être le maire le moins dépensier du coin. Enfin j'en sais rien. Je n'ai pas de mauvaise habitude... »

Il y a les frais de péage d'autoroute à Ancenis : 62 fois entre avril et juillet 2011, venant de Nantes le matin, repartant l'après midi. Jusqu'à son départ à la retraite en octobre 2011, le premier adjoint Yves Aumon avait son job à la communauté de communes d'Ancenis. « Les deux tiers étaient à sa charge, imputés sur ses indemnités. La ville couvrait l'autre tiers puisqu'il revenait à ses fonctions municipales », assure Guerriau. Mais pourquoi, puisque c'était quand même juste pour assurer son boulot, au gars Aumon ? « Euh, c'est la règle », dit le maire.

Et les pleins d'essence réglés par la ville, en Saône-et-Loire, en Haute-Savoie, en Bretagne, les Alpes ? Pour les aller retours dans les villes jumelées, les festivals pour le service culturel, les séminaires, pour « les recherches de camps de vacances puis leur installation ». Saint-Malo, Versailles, l'Alsace, l'Ariège, la Gironde : un vrai tour de France. On travaille dur à Saint-Sébastien pour vanter les mérites de la commune dans toutes les stations d'essence.

 

Régime de faveur
Quant au dir cab, comme il travaille beaucoup selon son maire, et que s'il reste sur place il est très sollicité, il a droit à un régime de faveur : « Il peut arriver qu'on l'autorise à réaliser des missions nécessitant une grande concentration en dehors de la collectivité », en clair que la commune lui paye le voyage mais « sans frais d'hébergement et de restauration » où il veut pour rédiger des trucs, genre bilan de mi mandat ou de fin de mandat. Ah bon, alors il se met au vert, c'est ça ? « Oui c'est ça... » Ben, euh, il ne pourrait pas juste rester chez lui en débranchant le téléphone ?
 

Cassoulet attitude
Montauban pour trois jours ? « Pour discuter d'une brochure avec un graphiste qui travaille vite ». C'est son boulot, il est payé pour sa prestation, mais le client va le voir à domicile, et reste trois jours... « Pour le contact humain ». L'attractivité du cassoulet a frappé. Le mouchard de ces factures de péage et de carburant révèle aussi un paquet de voyages dans le Sud-Ouest, souvent avec passage à Toulouse le week-end, puis sortie d'autoroute à Muret et après, on ne sait pas. Là non plus Guerriau ne sait pas. Et il ne demandera pas à ses services avant quelques jours : il les ménage. Il a des élections à préparer.
Noël Bisé-Futon     



Rédigé le Mercredi 19 Mars 2014 à 09:04 | Lu 5088 fois | 1 commentaire(s)






LATUéLULULU ?


> Vert et noir

L'Écho de la presqu'île, le 18 février 2014

«  Nous n’avons pas de sous, pas de localNotre carburant, c'est l’économie verte », annonce le Nazairien Gilles Denigot avec sa liste « Changeons la ville ». Et le journal commente : « L’ex docker repart au charbon ». Au charbon? Pour le tonnage du port, quand Denigot était syndicaliste dissident, c'était tout bon. Mais pour la verte attitude, on repassera. Houille houille houille... Pourvu que Denigot finisse pas en énergie fossile. 


> Na ! Na ! Na !

Ouest-France, le 7 mars 2014

Faut tout lire, dans le journal. Même les listes électorales. A l'avant dernière ligne des trois colonnes détaillant les noms de la liste droito-centriste Bouguenais pour tous. Jeannine Levêque, 56 printemps, 32ème sur 33 colistiers, est créditée de la profession d'« aide-mégère ». Paraît que ça gagne mieux que vieille chouette stagiaire.


> Épreuve reine

Presse-Océan, le 16 décembre 2013

Les élections, ça vous fiche sous pression. Reine de Nantes, c'est un truc de ouf. D'abord, le stress avant le discours de présentation. Témoignage à l'appui de la lauréate de l'année, Maryne Bibard. Et puis avant de monter sur le char de la Mi Carême en coinçant le sourire réglementaire tout le long du défilé, elle a été « choyée de cadeaux (bouquet, écharpe, parapluie, foulard, bon d'achat, affiche du carnaval) ». Une telle pluie de cadeaux, c'est incroyable. Heureusement qu'on lui a refilé un parapluie.


> Machin machine

Le Monde, le 13 février 2014

François Delarozière, concepteur des machines, venu de Toulouse à Nantes avec Royal de Luxe en 1989, vit désormais à Toulouse. Où ses projets largement subventionnés rencontrent les mêmes critiques qu'à Nantes. Là-bas aussi, c'est les élections. Un entrepôt toulousain en construction pour rapatrier ses 200 machines est l'objet de polémique électorale. Copinage avec le maire pour l'opposition. Son Minotaure prévu pour octobre 2013 est resté dans les cartons. 2,5 millions d'euros de commande publique, ça fait tousser. Le maire craignait que le coût du machin soit porté à ses comptes de campagne. Les écolos ont gueulé contre la construction de cette énième machine par les ateliers nantais de la compagnie La Machine que dirige justement Delarozière. À quand La Machine en Chine ? Ça rime, on peut avoir une subvention ?


> S'en foutent

Ouest-France, le 3 février 2014

L'hiver 54, il faisait frisquette. 60 ans après l'appel de l'abbé Pierre et des communautés d'Emmaüs, cérémonie en petit comité, dans la rue comme il se doit, place du Commerce, ce 1er février. Les élus ont brillé par leur absence. « Ce matin-là, les personnalités étaient ailleurs : aux Folles journées ou en mairie et préfecture où Jean-Marc Ayrault remettait des légions d'honneur. » Entre soixantenaire, légionnaires et pauvres hères, Ayrault a choisi, de rester au chaud. Nananère.








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